Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier

La dernière lettre reçue

Lettre du mercredi 27 septembre 1916
Villers-Bretonneux, jeudi 28 septembre 1916

Bien chère Alice,

Reçu aujourd’hui ta lettre n°12. Tu me dis que la cousine Clémence est sans nouvelles du cousin Moussier son mari. J’espère qu’il ne lui sera rien arrivé. Il avait un poste assez dangereux. C’est un homme charmant. Je regretterais qu’il lui fut arrivé malheur. J’écris en ce moment à Mme Carra, j’ai encore à répondre à ma sœur. J’ai écrit à mes parents hier. Il me faudra bientôt un secrétaire particulier. Je voudrais bien aussi envoyer un mot à M. B. pour le journal, passe moi un peu le « Dauphinois à l’observation supérieure ». L’état major a grand tort de ne pas m’employer. Ne t’imagine pas que mon officier me donnera les … si ça ne dépendait que de lui, ce serait sans doute fait depuis longtemps. Je n’y compte plus, d’ailleurs. Je fais mon travail tranquillement et j’attends philosophiquement la fin de la guerre. Les aéros boches ne sont pas revenus. Les camions ramènent beaucoup de blessés légers, les ambulanciers étant réservés aux blessés légers.

Que Marcelle se console dans un lit, elle est aussi une victime de la guerre. C’est là sans doute une bien pauvre consolation. J’aimerais bien mieux la savoir bien portante. C’est Jeanne, qui s’en voit, maintenant. J’espère bien que tu leur aides tant que tu peux. Cette maudite coqueluche paraît quitter les enfants sans accident, n’oublie pas de les purger qu’il ne leur en reste rien.
Je vais bien. Temps orageux, il a plu hier, beau aujourd’hui. Je te quitte en t’embrassant bien fort, ainsi que tous.

Vendredi matin 8 h30
Avant de faire partir cette lettre, je t’envoie un bonjour ce matin. Rien de nouveau. Amitiés



Lucien


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