Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier

La dernière lettre reçue

Lettre du dimanche 18 février 1917
Lyon, mardi 20 février 1917

Bine chère Alice,
J’ai reçu ce matin ta lettre de lundi et celle de la petite. Merci bien. Je t’ai bien attendue hier au soir, pensant que tu viendrais consulter Mme Teillon. Il est sans doute préférable que ton papa soit allé à Veyrins. Mais comment a-t-il pu y aller ? Y a-t-il toujours une voiture à la Tour-du-pin ? Tu me diras bien tout cela ?
Ce matin je suis allé à la visite. Le major m’a mis exempte de service. Je ne veux pas y retourner. Il faut se déshabiller demi heure avant de passer à son tour. C’est bon pour attraper la crève. Ce qu’il me faudrait c’est de pouvoir transpirer fortement une nuit. Ça me débarrasserait. Mais tu comprends que ce n’est pas tout seul que je peux le faire et je ne peux pas demander ça à mes cousines.
Mon camion sera probablement réparé vers la fin de la semaine et je pense reprendre aussitôt mon service à Feyzin, peut-être lundi. Ça ne me fâchera pas.
Hier après midi je suis resté chez mes cousines au chaud. Cet après midi, je t’écris de leur salle à manger pendant qu’elles reçoivent leurs visites au salon.
C’est leur « jour ». Pour vendredi, envoie la pintade puisque tu l’as au lieu du lapin. Celui-ci sera pour une autre fois si tu en trouves. Dans tous les cas, n’envoie qu’une pièce à la fois. Tu me diras bien pour l’eau de Vals s’il faut t’en envoyer.
Je viens d’écrire à la petite et à M. B. A propos, les lettres recommandées au tireur que tu reçois ne sont qu’une simple formalité exigée par le dernier moratorium. Il n’y a rien à y répondre.
Mes amitiés bien sincères à tous à la maison. Je t’embrasse bien fort avec les enfants.




Lucien


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