Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 19 mars 1915
Estrée-Wamin, samedi 20 mars 1915
Bien chère Alice,

Je t'envoie la vue d'un petit pays où je suis depuis deux jours. Tu remarqueras les petites maisons basses d'ici qui n'ont que l'apparence du confortable. S'il faisait des grands vents comme dans la vallée du Rhône, aucune ne résisterait. Je suis dans une espèce de chambre pour cuisiner. Le fermier y prépare en même temps la nourriture de ses cochons, il arrivera sûrement que nous nous tromperons de soupe.

Pour parler sérieusement, je t'annonce que j'ai envie de laisser la cuisine au bout de mes trois mois réglementaires, c'est à dire vers le dix avril ; La raison en est que par suite du manque d'hommes, je suis obligé de faire le conducteur en route et de cuisiner à l’arrêt ; double travail, double souci auquel je ne résisterai pas. On a fait pour cela appel à ma bonne volonté. J'ai répondu à l'appel, ce qui n'empêche pas que cette semaine on a proposé comme sous-officiers deux camarades qui n'ont jamais été soldats.

Ce n'est, tu vois, pas la peine de s'éreinter, d'autant plus que la cuisine ne m'exempte d'aucune revue, d'aucune marche et que comme je ne veux pas me faire des bénéfices, je n'ai en somme du métier que les inconvénients. C'est de l'esclavage et ce n'est pas les flatteries qu'on me prodigue qui me feront rester plus longtemps dans cette place. Mon linge s'use rapidement avec ces lavages énergiques et j'aurais meilleur rang de faire simplement mon service comme les autres.- Planche m'a promis de me photographier à la première occasion ; j'ai été déjà pris … /…
Lucien
Lettre du dimanche 21 mars 1915


Nous contacter