Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 31 mars 1915
Estrée-Wamin, jeudi 1er avril 1915
Bien chère Alice,

Le courrier va arriver tout à l’heure. Je pense que nous serons encore là pour le recevoir. Le temps est moins froid, mais il gèle encore un peu. C’est le branle-bas général. Quand tu seras bien rétablie, tu m’enverras des chaussettes en coton et des conserves. Il se pourrait que j’en ai besoin dans les marches forcées.

Je pense que tout continue à bien aller et que mon petit Joseph dans son berceau et ma Marcelle à l’école font chacun de leur côté leur possible pour être bien sages. Tu as dû recevoir ma dernière lettre où je te parlais cuisine. Voici quelques explications supplémentaires. Je m’étais aperçu de quelques petites irrégularités concernant ce que je dois toucher. Je craignais qu’un jour ou l’autre on puisse penser que c’était moi qui en fut l’auteur. Alors j’ai eu la belle peur. Démontrer à la fois qu’il y avait quelque chose de louche et que c’était forcément un autre que moi qui était le coupable. J’ai eu la chance de pouvoir établir des preuves flagrantes. L’affaire est restée là, mais maintenant je suis au moins tranquille. Autrement, rien ne m’aurait empêché de quitter la cuisine. Je n’avais que ce moyen pour éviter d’être suspecté un jour. Aussi, plus que jamais j’ai la confiance du commandant et ce serait trop long de te raconter mille petits faits qui le prouvent.

Aujourd’hui, nous faisons maigre, j’ai donné à chacun deux œufs et du riz au lait, ce soir, morue. Je vais toujours bien. Tu as pu voir sur le journal d’hier que M. Ribot a déclaré ne pouvoir abolir le moratorium avant la fin des hostilités. Un bon baiser pour toi et tes marmots chéris et embrasse bien tout le monde pour moi.
Lucien
Lettre du vendredi 2 avril 1915


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