Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du jeudi 8 avril 1915
Buneville, dimanche 11 avril 1915
Ma bien chère Alice,

J’ai reçu hier ta lettre 55. Bien merci, nous avons changé d’endroit. Nous sommes tout près de saint Pol. Nous sommes maintenant transport matériel. J’ai une jolie cuisine dans une maison vide. Je couche dans une chambre, sur la paille, bien entendu, mais c’est mieux que dans le camion. Je n’ai pas écrit depuis jeudi 8, je n’ai pas pu avec ce déplacement.

Tu me donneras des nouvelles de mon frère dès que tu en auras. J’ai reçu hier une carte de Pierre. Je lui répondrai aujourd’hui. Il y a tout lieu de croire que de grands événements se déroulent au front. Tant mieux si cela peut hâter la fin de cette guerre.

Je vois par tes lettres que mon petit Joseph grandit bien. C’est grâce à tous les bons soins qu’il reçoit de tous. Sois bien tranquille à mon sujet, même si tu ne reçois rien de moi, car quand nous ferons quelque chose d’utile, il sera bien difficile d’écrire et surtout de mettre mes lettres à la poste. Ne pas recevoir mes lettres signifie que nous travaillons. Voilà tout. Allons, du courage, la fin sera peut-être plus tôt qu’on ne pense et les semailles pourraient bien se faire avec nous.

Il fait froid. Il gèle encore le matin. Je vais toujours bien, je me suis acheté un rasoir et un blaireau pour me raser. Coût : 6,25. C’est plus commode et surtout plus sain. Embrasse bien toute la maisonnée pour moi et reçois mes meilleurs baisers.

Bien à toi,
Lucien
Lettre du dimanche 11 avril 1915


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