Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du samedi 17 avril 1915
Buneville, dimanche 18 avril 1915
Bien chère Alice,

J’ai bien reçu ta lettre 60 du 15 avril où tu me dis que tu as reçu ma carte du 13. Tu vois que la poste va très vite quand elle veut. Tu me dis que tu as été obligée de sevrer le petit. Etant donné que tu es sûre de la qualité du lait que tu peux lui donner grâce à ta présence chez vous, il ne peux pas y avoir d’inconvénient grave. Surtout en y faisant bien attention. J’espère que tu n’as pas eu d’autre motif pour le sevrer que ceux que tu m’as dit et que tu n’es pas plus fatiguée. Dis-moi bien toute la vérité là dessus, car je finis toujours par tout savoir.

Je t’envoie une carte parce qu’elles arrivent plus vite et plus sûrement que les lettres fermées. Tu ne m’envoies pas de nouvelles de mon frère, ma mère non plus. Je n’ai rien reçu de lui. Qu’est ce que cela signifie ? Ecris-moi à ce sujet. Je n’ai jamais eu de carnet de médecin pour la mutuelle, laisses-y, si tu veux ; de quoi veulent-ils s’occuper quand tout le monde est absent ?

Je suis toujours en bon état. Le temps est très beau, mais pas chaud comme il est chez nous en cette saison. Les pommiers sont à peine en fleurs. Le soleil ne parvient pas à réchauffer l’air bien qu’il ne fasse presque pas de vent. Cela vient du climat. Nous voilà enfin occupés à quelque chose d’utile. Ce n’est pas trop tôt, vraiment. On a amené hier des prisonniers allemands. Leurs officiers faisaient une sale gueule mais les soldats paraissaient ravis d’être pris. Les goumiers qui les escortaient disaient y en a bon.

Tout va pour le mieux de notre côté. Ça chauffe. J’ai écrit une lettre aux cousines D. Je pense que tu auras reçu leur lettre que je t’ai envoyée. Je ne t’ai pas encore envoyé mon paquet. J’attends une occasion pour le mettre en gare. J’espère bien, chère Alice, que tu seras vite rétablie maintenant afin de pouvoir soulager un peu tes parents à qui tout ça a donné beaucoup d’ouvrage. Remercie-les bien pour moi et dis leur toute mon affection pour eux. Je t’embrasse de ton mon cœur ainsi que ma Marcelle et mon gros Joseph.

Lucien
Lettre du mardi 20 avril 1915


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