Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 20 avril 1915
Buneville, jeudi 22 avril 1915
Bien chère Alice,

Je pense que tu auras reçu ma carte écrite de Doullens d'avant-hier. Je suis revenu à Buneville mais notre section partie pour trois jours n'est pas encore rentrée. Je suis allé à Doullens pour lui porter des vivres. J'y suis arrivé mardi soir et la section est arrivée après, vers 11 heures du soir. Le lendemain mercredi, je leur ai fait un repas chaud et je leur ai donné deux repas froids. Nous sommes tous repartis à 11 heures du matin, eux pour une direction inconnue, et moi pour revenir ici avec le camion cuisine. Hier tantôt, étant libres, nous sommes allés, Gauthier et moi, nous promener jusqu'à Framecourt où nous étions en février.

Une bonne vieille où nous allions à l'eau nous a fait fête et a voulu payer le café. Nous sommes revenus à la nuit à travers champs en faisant courir pas mal de lièvres. La section qui a du rouler toute la nuit doit arriver à midi. Je leur prépare du bouillon. Je ne sais pas si nos hommes pourrons résister à ces marches en convoi. La poussière est terrible. Les yeux, le nez, la bouche en sont remplis, malgré les lunettes et les masques dont ils s'enveloppent la tête. Jamais je n'ai rien vu d'aussi mauvais que ce brouillard épais et asphyxiant. Je m'étonne qu'il n'y ait pas eu encore d'accident. Et dire qu'on se plaignait de la boue ! C'était le bon temps !

J'ai reçu ta dernière lettre samedi dernier et nous sommes jeudi. C'est te dire si je suis impatient de recevoir des nouvelles. Le petit supporte t-il bien le sevrage ? Et toi ? As tu des nouvelles de mon frère ? Le courrier vient ce soir à 5 heures seulement.

Je t'ai mis hier en gare de Petit Houvin un colis comprenant : caleçons, pentalons velours, ceinture, tricot et chaussons dont je n'ai plus besoin, le tout bien cousu dans l'enveloppe blanche que tu m'avais envoyée.

Le temps est toujours très beau mais pas chaud, malgré le soleil et très peu de vent. Je vais toujours bien, Dieu veuille qu'il en soit de même pour tous chez vous. Embrasse bien toute la maison pour moi et reçois pour toi et les petits mes meilleurs baisers en attendant de se revoir.

On ne trouve plus nulle part de cartes postales vues de pays.
Lucien
Lettre du dimanche 25 avril 1915


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