Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du lundi 7 décembre 1914
Sennecey-le-Grand, mercredi 9 décembre 1914
9 heures du soir

Très chère Alice

Je vais me coucher et avant je t’envoie le récit de mes premières impressions de voyage. Très bonnes, d’ailleurs. Je fais le voyage dans une voiture omnibus très confortable en compagnie des sous-off et des brigadiers qui ont apporté une grosse provision de victuailles vin, rhum, etc. Nous marchons vite. Nous traversons le Beaujolais et passons à Anse, Villefranche, Belleville le matin.

Nos vingt-deux voitures traversent Villefranche (jour de marché) avec un fracas formidable. Tout le monde nous salue : les mains, les mouchoirs, les chapeaux nous envoient le geste de fraternels adieux des populations dont nous traversons les pays. C’est ainsi tout le long du chemin. Que de regards sympathiques suivent notre course rapide, combien on sent dans ces foules qui nous acclament, dans ces amis d’une seconde entrevus au bord de la route dont les villages même nous sont inconnus.

On sent déjà, dis-je, comme la Voix de la Patrie qui par la bouche de ceux qui restent salue ceux qui partent, on en rira peut-être après, mais pour le moment, ces choses-là remuent. Dans un de ces villages, une école entière de petites filles avec leurs maitresses nous envoie mille petits gestes frénétiquement répétés.

Mais nous passons vite, voici Mâcon, nous y dînons. Puis Tournus, Sennecey où nous couchons. Nous sommes à 15 kilomètres de Chalons. La Saône est magnifique, coulant dans une large vallée aux immenses prairies sans arbres, ni haies. A gauche nous avons les vignobles du mâconnais en treille ; des champs de blé, des bois, de beaux villages, d’immenses horizons. En somme, un beau pays que celui de Saône-et-Loire. Je me suis bien reposé étendu sur les coussins. Ce soir, il pleut. J’ai une bonne chambre avec un bon lit. Les autres ont de la paille, ma veine ! Enfin, tout va bien, me voilà dé rhumé.
J’écrirai de Dijon.


Au revoir, bien chère Alice, tous mes meilleurs baisers pour tous.

Lucien
Lettre du jeudi 10 décembre 1914


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