Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du lundi 9 octobre 1916
Paris, jeudi 12 octobre 1916

Chère Alice,
Je suis à Paris depuis hier soir. Ce sera notre dernière étape avant le départ définitif, je l’espère. Hier matin, nous sommes partis de Viroflay pour Versailles. Les formalités ont duré toute la journée et nous sommes arrivés à Paris à 6 heures du soir. En sept jours, nous avons changé cinq fois de régiment ! Mon dieu, que de paperasses ! Il y a de quoi devenir fou. A chaque bureau, ce sont des stations de quatre à cinq heures, puis des marches et des contremarches. D’un bureau, on nous renvoie à un autre à l’autre bout de Paris. Hier au soir, j’étais tellement éreinté que je suis allé coucher à l’hôtel pour me reposer un peu. Ce matin, nous avions rendez-vous aux Invalides. De là nous avons passé au Champ de Mars (Tour Eiffel) pour aller à l’école de guerre où on nous a immatriculés. Ensuite nous sommes allés à l’Imprimerie Nationale où nous logerons cette nuit. Nous avons mangé à onze heures. Je t’écris d’un café à côté (midi). Ce soir il y aura bien sûr encore des paperasses à faire ! Je me suis débarrassé de mes poux en me changeant complètement. Je vois que j’y suis arrivé. Vu en route : Invalides, Tour Eiffel, roue métallique, tirailleurs amanites, hangar à dirigeable, Pont Alexandre III, Elysée, Grand et Petit Palais, Trocadéro, Forêt de Meudon. Je te mets ça pour m’en souvenir, plus tard.
Je vais bien. Le temps me dure bien de ne rien savoir de vous tous. Je n’ai pas encore d’adresse fixe. Pour le moment, télégraphie-moi si besoin était, au 13ème artillerie, service auto, rue Lacordaire. Paris ;
Je t’embrasse bien fort, ainsi que tous à la maison.

Lucien
Lettre du vendredi 13 octobre 1916


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