Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du jeudi 26 octobre 1916
Vaise, mercredi 1er novembre 1916

Chère Alice,

Je t’écris de Vaise pendant que l’on charge mon camion de cuir. Ce matin, j’étais aux Tanneries d’Oullins et j’ai eu 3 francs d’étrennes. Hier je me suis installé dans ma chambre. J’y ai diné et soupé. J’y ai aussi couché ! J’avais averti les cousines et malgré cela, Mme Carra est venue me chercher pour souper. J’avais presque fini. J’y suis allé après, ma cousine Desrayaud m’a flanqué une bonne ramonée et l’a dit que je n’avais qu’à y aller souper tous les soirs et pour me punir, elle m’a fait emporter ma soupe froide pour ce matin. Je l’ai fait réchauffer sur mon réchaud à essence. Hier j’ai fiat un bifsteak et des pommes de terre dans le jus. Les pommes de terre ne me coutent rien, on en déwagonne assez souvent. J’ai compté pour ma nourriture ce que je dépenserais si je ne mangeais pas chez mes cousines. Pour trois jours, le vin, viande, pain : 6frs75 . je touche en trois jours 8francs10. Reste 1 fr 35 pour les légumes et condiments. Maintenant il y a les extras. J’ai touché 5 frs dimanche et 3 francs ce matin avec mon prêt ( ??), ces trois jours font 16fr10. J’ai touché 21fr60 en arrivant du prêt ( ??) qui était en retard (octobre). Avec tout ça je marronne toujours.
Il a fait bien beau ces jours. J’aurai bien pu semer. Tu me diras bien où vous en êtes des semailles-après semailles. Mme Carra viendra vous voir avec son frère un dimanche après midi. Moi aussi, bien entendu. Je vais bien. J’ai mangé du poulet dimanche. On m’a chargé de vous dire qu’il était épatant, ce qui était vrai d’ailleurs. Tu me diras bien comment tu vas et l’effet de tes cachets. Et le gone ? Pense-t-il encore à moi ?
Je t’embrasse bien fort, ainsi que tous.

Lucien
Lettre du jeudi 16 novembre 1916


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