Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du lundi 8 janvier 1917
Sertier Lucien
Lyon, mardi 9 janvier 1917

Bien chère Alice,
Je pense que tu as reçu ma lettre d’hier au soir. Aujourd’hui je suis resté à Lyon. Je n’ai pas fait grand chose. Demain, je reste encore à Lyon. Mon camion est toujours à Feyzin, c’est un autre qui me remplace. Je ne sais pas pourquoi on ne m’y a pas envoyé tout de suite. J’ai diné chez les cousines D. et je vais y aller souper, maintenant.
Je te dirais que j’ai eu bien le cafard hier au soir et aujourd’hui. Je ne puis pas te dire combien le temps m’a duré, surtout du petit. Ça passera peut-être bien.
J’ai regardé aujourd’hui le tableau des permissionnaires et j’ai vu qu’il y en avait plus que deux ou trois à partir avant moi. Mon tour va donc bientôt revenir.
Je te mettrai un paquet demain à Faure. J’y mets mes chemises neuves pour que tu recouses les boutons, les calçons aussi. Il me reste ici une chemise et deux flanelles dans ma malle.
La cousine Berthier m’a raconté une nouvelle dispute qu’elle a eu avec la rue Clos Suiphon. Ma cousine Hérard lui aurait dit qu’elle (cousine Hérard) pouvait faire des dépenses parce qu’elle avait de quoi, mais que malgré cela elle économisait pour laisser quelque chose aux plus méritants. Je t’ai bien dit, je crois, que Clarisse est à Lyon avec son mari chez sa belle-mère. Je ne sais pas dans quelle rue. Je te laisse, je vais souper.

8h1/2
Je porterai cette lettre demain à Faure. Je voulais te dire aussi que si Cl. B. te redemande le bois, tu le lui vendras. Je pense qu’il te le payera au moins 3f50 les cent kilos sur place.
Tu en garderas au moins 6 ou 7 barres pour nous dans la cave.

Mercredi 11h1 /2
Je fais mon diner dans ma chambre. Je vais aller ensuite porter cette lettre à Faure. J’ai reçu aussi ce matin ta lettre. Merci beaucoup. Envoie moi par fangeat mon rasoir, cuir et savon, linge pour se décrasser et deux bidons vides à essence (pas de benzo).
Fais rentrer les bidons vides, j’ai vendu les caisses de Benzo par l’entremise de M Carra.
J’ai touché ce matin mon prêt : 43f20. J’ai encore 16 francs environ à Feyzin à toucher. Je pense retourner bientôt à Feyzin, peut-être demain. Cet après midi, j’irai encore à l’essence, ce n’est pas pénible.
Je te recommande de te bien soigner, de bien prendre du fortifiant et de me dire quand il n’y en aura plus pour que je t’en envoie.
Quand tu recevras les feuilles d’impôts, tu me les renverras tout de suite.
Toutes mes affections à tous à la maison.

Au revoir, chère Alice,
Je t’embrasse bien fort avec les enfants.

Lucien
Lettre du jeudi 11 janvier 1917


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