Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du jeudi 11 janvier 1917
Saint-Fons, samedi 13 janvier 1917
Bien chère Alice,

Me voilà à nouveau à Feyzin. J’y suis depuis hier à midi. Pour comble de malheur, j’étais de garde cette nuit avec mon camion.
Cette garde consiste en ceci : un camion reste toute la nuit au poste des pompiers de Saint Fons pour mener des troupes en cas de trouble de la part des ouvriers étrangers, chinois ou autres.
Le chauffeur couche dans une petite chambre avec lit militaire, électricité,. Pas de faction à monter, mais comme la chambre est voisine du corps de garde, on est réveillé tout le temps par la relève des sentinelles, à côté. Ce tour revient tous les huit jours car nous sommes 8 camions ici.
On touche comme dédommagement 1f 20 en plus par garde. Maintenant, il y a une innovation qui compense. Il y a 8 camions et depuis ce matin on a mis 9 chauffeurs, ce qui fait qu’il y en a un qui se reposera à tour de rôle tous les neuf jours. Ce sera une permission de 24 heures chaque 9 jours, en somme.
On ‘a remis hier ma feuille de paye pour mes trois jours avant noël. Je comptais toucher 16 ou 17 francs au plus. Elle se mont à 32f50 net, timbre et assurance ouvrière déduits.
Je pense qu’il doit y avoir là dedans 15 frs d’étrennes de jour de l’an.
Feyzin ne me déplait pas trop. C’est un peu dur, mais on y est bien payé.
Les chefs m’ont bien reçu, hier. Somme toute, c’est moins pénible que l’hiver dernier au front.
Mme Carra a du porter hier à Fangeat une bouteille de foie de morue et du sirop pour la petite. Après ce flacon, on verra s’il faut changer. J’étais bien enrhumé, ces jours. Aujourd’hui, ça va bien mieux. Je charrie du charbon avec des Espagnols de corvée de chez Charvet, quai Rambaud, à Feyzin. J’ai fait deux voyages ce matin.
J’espère, chère Alice, qu’en même temps que tu fais les remèdes du petit, tu prends bien les tiens aussi. Dis-moi ce qui te manque, je te les enverrai.
As-tu trouvé mes lettres dans le paquet de faure et celui de Fangeat ?
Tu diras à ma petite Marcelle que je lui enverrai une carte. J’ai si peu le temps d’écrire ;
Et monsieur le gone, pense-t-il encore à moi ?
Mon doigt va de mieux en mieux, le froid et les secousses m’y font un peu mal. Ce n’est rien. Fais part de toutes mes affections à tes chers parents et en attendant le plaisir te revoir, je t’embrasse bien fort ainsi que tous.

Lucien
Lettre du dimanche 14 janvier 1917


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