Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du jeudi 15 février 1917
Lyon, dimanche 18 février 1917
Dimanche soir 3heures et demi 18-02-1917

Bien chère Alice
J’ai reçu hier ta lettre de jeudi, comme je crois te l’avoir dit hier. Je pense que tu as reçu la pharmacie par le petit Bonnot. J’aurais bien voulu t’envoyer de l’eau de Vals, mais je n’avais rien pour emballer les bouteilles. Si tu veux que je t’en envoie mercredi par Faure, mets-lui donc une petite balle avec du bourrier. Je pourrais la faire remplir d’eau. Mais réponds moi tout de suite, que je sache ce qu’il faut faire.
Je ne suis pas allé au garage aujourd’hui. Je suis resté dans ma chambre jusqu’à midi. Je me suis rasé, j’ai changé de chemise (à propos, je n’en ai plus maintenant de propre de rechange). M. Carra est venu me chercher à midi pour dîner. Je viens de balayer et de faire mon lit et je t’écris de chez les cousines où je viens de revenir. Je suis seul avec cousine Hérard. Je suis toujours bien grippé, sans cela je me serais en allé aujourd’hui. Le temps est beau et ça me fait enrager d’être obligé de rester ici. Demain, j’irai au garage, j’y ai peut-être une lettre de toi. Mme Carra a reçu une lettre de la petite. Elle n’était pas affranchie. Fais attention à cela. On ne l’a pas taxée quand même, elle a du passer pour une lettre militaire.
Ma cousine Desrayaud m’a demandé si tu pourrais trouver un lapin. Bien entendu je ne veux pas qu’elle me le paye, car je dine presque tous les jours chez eux et j’y soupe régulièrement. Je ne parle pas de toutes les infusions que j’y bois continuellement. Pour vendredi, tu m’enverras donc une livre de beurre pour Mme Carra (pareil pour les cousines), des œufs s’il y en a sans que ça gêne la maison et un lapin si tu en trouves. En échange, quand je te reverrai, je te donnerai un beau billet de cent francs tout neuf qui traine dans mes poches ! Il n’y avait pas grand chose de pharmacie pour chez vous, ne leur fait rien payer pour cela. Tu m’enverras comme effets : une chemise, une cravate, un linge ou deux pour me décrasser. Je ne sais pas quand je m’en irai encore, ce sera difficile tant que mon camion ne sera pas réparé.
Maintenant, comment ça va-t-il chez vous ?
L’accident de ton papa aura-t-il des suites ? Qu’il est heureux que Gandy se soit trouvé là ! Je me demande ce qui serait arrivé sans cela. Pourvu qu’il guérisse vite et que ça ne lui laisse rien. S’il y a une entorse, il faudra bien insister pour qu’il reste au repos complet, jusqu’à entière guérison.
Avez-vous vu le médecin ? Tu me diras bien comment ça va pour ton papa et surtout qu’il ne se tourmente pas inutilement. Fais bien tes remèdes toi même, que tu deviennes forte pour leur aider cet été. Comment allez-vous encore vous en tirer avec la Marcelle malade ?
Embrasse les bien tous pour moi et en attendant le bonheur de te revoir, reçois, chère Alice, pour toi et les enfants mes meilleurs baisers.
Lucien
Lucien
Lettre du mardi 20 février 1917


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