Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 5 juin 1917
Sertier Lucien
Lyon, vendredi 8 juin 1917


Bien chère Alice,
Aujourd’hui 10ème anniversaire de notre mariage. Triste fête, séparés et en prison ! Enfin, des jours meilleurs viendront.
Hier comme je te l’avais dit, on m’a opéré des dents. Cela consiste à faire un petit trou avec une mèche dans la dent pour en arracher le nerf qui a été coupé et qui est mort. J’en ai deux dans ce cas. Cependant la seconde n’était pas encore morte entièrement et quand la mèche a touché le nerf, j’ai crié comme un voleur. On m’y a mis un pansement et dans quelques jours il faudra recommencer. J’aimerais bien mieux qu’on laisse ces dents tranquilles, qui en somme ne me font pas mal et qu’on m’envoie bientôt vous aider à faner.
On ne devient pas fort ici et cela n’a rien d’étonnant. Hier j’ai travaillé toute la journée pour passer la chambre, les lits et les tables de nuit au crisyl avec un pinceau. Ça m »avait éreinté et cependant ce n’est pas pénible. En revanche, cette nuit on n’avait pas de punaises et j’ai dormi jusqu’à sept heures ce matin. Il y a longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Je ne sais pas si nous pourrons sortir en ville aujourd’hui. Si je peux j’irai chercher mon rasoir chez mes cousines.
Je n’ai pas reçu de lettre de toi. La petite va-t-elle à l’école ? Et Titi, se rappelle-t-il le parc ? Je n’ai rien su de chez M. Carra depuis mercredi. Viendras-tu me voir ?
Au revoir bien chère Alice, reçois mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.
Toutes mes amitiés à tes chers parents et sœurs.

Lucien
Lettre du samedi 9 juin 1917


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