Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du samedi 9 juin 1917
Sertier Lucien
Lyon, samedi 9 juin 1917


Ma chère Alice,
Je viens de recevoir ta lettre d’hier. Je n’ai pas eu la première mais cela vient que je ne suis pas allé hier à la distribution, ne sachant pas où elle avait lieu.
Quand la guigne s’en mêle, elle va jusqu’au bout. Tu ne me verras pas encore demain. Le camarade qui est venu de l’école de santé passe aujourd’hui, mais moi il me faudra attendre lundi. Pourquoi, je n’en sais rien. Est-ce parce que la lettre S de mon nom me met en fin de liste ? Est-ce parce que je ne suis pas un blessé de guerre ? Le retard général que nous avons tous eu vient d’un grand nombre de soldats rapatriés d’Allemagne qui vont en convalescence en attendant qu’on établisse leur dossier de réforme. La liste d’aujourd’hui comprend 250 noms.
Ces retards perpétuels me dépriment et me font plus de mal que mon accident. A toute autre époque de la saison, cela me ferait moins de peine, mais rester ici et sentir tant de travail chez vous c’est à en devenir malade.
Tu as dû recevoir hier par Fangeat le sac et le litre de biophosphate.
Ne m’écris plus à moins de quelque chose de très important.
J’ai dîné hier et avant-hier chez M. Carra avec Tricotelle. Je n’irai pas aujourd’hui, je comptais tant passer cet après-midi que je n’ai pas demandé de permission. Demain, ils vont tous à Ville.
Si je passe enfin lundi, je partirai mardi. Dieu sait ce que je vais m’ennuyer d’ici là.
Embrasse bien tes chers parents et les enfants pour moi et pour toi mes meilleures affections.

Lucien
Lettre du mercredi 13 juin 1917


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