Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du samedi 18 août 1917
Sertier Lucien
Lyon, lundi 20 août 1917

Bien chère Alice,

Tu as dû recevoir ma première lettre. Je ne t ‘ai pas écrit hier. Je suis venu un petit moment le matin à Cusset. Puis je suis revenu dans ma chambre à 8h et demi où j’ai fait un peu de toilette. Nous avons diné à 11h1/2 avec ma cousine et à 1h1/2 nous arrivons à Saint-Cyr au Mont-d’Or où nous sommes allés voir ma Cousine Hérard. Elle loge dans un Hôtel et non chez M. Durillon comme je le croyais. Elle achevait de dîner quand nous sommes arrivés. Elle paye 8 frs par jour mais elle a une assez belle chambre sur la place, juste au terminus du tram. De Valencin, on voit bien Saint-Cyr, c’est ce clocher sur le flanc du Mont Cindre. Nous sommes allés ensuite voir la famille Durillon dans une villa de location à 500 mètres plus bas. Ils ont un belvédère sur leur maison et de là avec une jumelle, je voyais très bien Valencin. Le temps se gâtait et nous avons eu un orage qui a raviné les chemins en un instant. La voie du tram était tellement obstruée par les cailloux que le service a dût être interrompu. Une voiture motrice et le buffalo ont été jetés en dehors de la voie à deux mètres plus loin. Nous avons dû au retour descendre un kilomètre avec ma cousine pour trouver un tram et c’était la bousculade pour l’avoir !

Ce matin je suis parti pour Cusset à 6h moins le quart. J’ai passé la visite à 9h. Réflexion faite, j’ai dit au médecin que je n’avais rien à réclamer et il ne m’a par conséquent pas regardé. Je suis ici dans une section où se préparent les envois pour l’Orient. Ceux qui sont aptes pour l’auto partent à Salonique et ceux qui sont inaptes y vont avec les mulets. Les départs ont lieu de la Part-Dieu. Je tiens donc à y aller le plus tôt possible et de là je verras pour retourner au G.A de Perrache. A Cusset il y a une infirmerie pour ceux qui se font porter malades. Je ne tiens pas à y aller pour plusieurs raisons. J’ai mangé ce matin à 11h à Cusset. C’est potable. Je ne m’en irai que ce soir à Lyon pour y coucher car ici c’est infect. Je te passerai demain les commandes des cousines. Elles marquent tout ce que tu leur envoies sur un carnet. Elles font une provision d’œufs. Les prunes et les pommes leur ont bien fait plaisir ainsi que le poulet.

J’ai bien dormi dans ma chambre, il y fait très chaud. Tu m’enverras vendredi des guêtres en cuir, des pantalons de rechange et ma brosse à dents.

Tu m’écriras chez les cousines car je ne pense pas rester ici. Tu me diras bien comment vont les enfants et tous à la maison. Je vais toujours de même. Comme je ne fais rien, c’est très supportable. En attendant de tes nouvelles, je t’embrasse, ainsi que tous.


Lucien
Lettre du mardi 21 août 1917


Nous contacter