Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du jeudi 20 septembre 1917
Moulins, jeudi 4 octobre 1917

Bien chère Alice,
As-tu fait bon voyage, hier ? Tu me donneras toutes les nouvelles pour lundi prochain. Adresse mes lettres si tu veux, à L.S. TP 560, 1er groupe, Pon(m ?) A Part-Dieu. J’irais les réclamer en arrivant. Nous avons couché hier à Roanne. Ce soir à Moulins, où nous sommes et demain à Bourges, samedi soir à Orléans, livraison des voitures dimanches, retour lundi ou mardi à Lyon. Nous sommes partis de Lyon hier peu de temps après toi. On m’a fait passer en tête pour guider le convoi dans Lyon. Je n’ai repris ma voiture qu’à Lozanne où nous avons diné sur nos provisions, n’ayant rien trouvé à l’hôtel. Traversée des Monts du Lyonnais, pays très accidenté, route aux tournants brusques et innombrables montées très longues et descentes interminables entre Tarare et Roanne. Tarare ville d’usines. Le coteau sur le bord de la Loire et Roanne sur l’autre bord. La Loire coule dans une large vallée bordée de montagnettes pour rire. Lit très large encombré d’iles basses et de bancs de sable. En traversant les montagnes, nous avons eu une pluie violente. J’ai soupé pour 16 sous à la caserne et j’y ai couché (pas de punaises !). Départ ce matin à 7h1/2. Nouvelles montagnes, route très accidentée. Vent d’Auvergne âpre et froid. Temps très beau. L’Allier est bien cultivé. Depuis Roanne, on voit de grands bœufs blancs dans les pâturages. Terres fortes, 6 bœufs à une charrue. Beaucoup d’arbres, châtaigniers, noyers. Une tempête récente dont j’avais déjà bu les effets à Beaune en Bourgogne a abattu beaucoup d’arbres sur les hauteurs qui séparent la Loire de la rivière Allier. J’ai compté au même endroit 50 beaux peupliers déracinés sans compter les acacias coupés en deux ni les noyers arrachés. Le pays est plus riche en approchant de Moulins. Passé à La Palisse, Varenne-sur-Allier, petites villes. L’Allier ) Moulins est aussi large que le Rhône mais presque à sec. Nombreux bancs de sable et vorgines. Avant d’arriver ici, on voit les sommets du massif central. Rien de comparable aux Alpes : sommets dénudés et arrondis, quelques forêts de sapins. Peuh ! Arrivée à Moulins à 1h1/2. Rien à manger. J’ai encore recours à ma musette que tu as heureusement bien garnie et qui fera encore deux jours. Bien entendu, ça me fait faire des économies (4 francs pour ces deux jours). Ce soir on mangera encore à la caserne et on y couchera, c’est un quartier d’artillerie.
Je ne suis pas trop fatigué. J’ai eu des ennuis avec mon essence qui a de l’eau. Enfin,, je suis les autres quand même. Je t’enverrai des cartes.
Bien le bonjour et toutes mes amitiés à tous à la maison. N’oublie pas de m ‘écrire. Embrasse bien les enfants pour moi.
Toutes mes affections.
Lucien
Lettre du mardi 9 octobre 1917


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