Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 10 octobre 1917
Lyon, mercredi 10 octobre 1917
De la chambre mercredi soir 5h ½
Bien chère Alice,
J’ai reçu ta lettre de mardi et je suis heureux à la pensée que je te reverrai bientôt avec les enfants. Je suis allé cet après midi porter un sac à Faure, je pense que tu l’as trouvé. Je suis allé aussi à l’Institut Dentaire me faire soigner une dent. Cette nuit elle m’empêchait de dormir. On y a fait un premier pansement. J’y retournerais demain si je peux. C’est ouvert jusqu’à six heures du soir. Coût dix francs. Hier je suis allé mener un wagon de charbon à l’hôpital n°13.Ce nom ne te dit rien, mais ça intéressera le papa quand je lui aurai dit que c’est à Oullins dans la maison des Dominicains. Je rentrais par le portail de l’Orangerie et je montais sur la terrasse Le charbonnier est dans la cour de gauche (côté Lyon). J’ai vu la chapelle en passant mais je n’ai pas eu le temps d’y aller. J’ai mangé à midi avec l’équipe des chargeurs dans une grande pièce à l’aile gauche donnant sur trois cours. Il y avait encore à l’intérieur une petite estrade basse et aux murs un christ, une statue de la vierge et un grand tableau au dessus de l’estrade représentant la Cène. Quand j’ai eu fini chez les Dominicains à 3 h, j’ai mené par complaisance un voyage de charbon de la gare à un autre hôpital situé sur le chemin du cimetière et qui était autrefois un pensionnat tenu par des religieuses. On l’appelle Hôpital Lamartine. Ce matin le hasard a voulu que ce soit moi qui y retourne pour finir ce wagon. J’ai eu fini à midi et j’ai eu par conséquent ma demie journée à moi. Touché aujourd’hui un képi neuf et une veste toile. Pourrais-tu voir Pierre, tu lui demanderais s’il peut fournir à Mme Carra 6 saucissons de une livre environ (en bonne viande) dans le courant de l’hiver. On tiendrait que ça vienne de vers lui pour être sûr de la qualité. Bien entendu, c’est en payant. Tu pourrais lui parler aussi de M. Cleyet, mais sans engagement car nous devons nous revoir à ce sujet.
Reçu cette semaine deux lettres de Portes. Rien d’extraordinaire.
Puisque tu viens samedi, je ne te récrirai pas. Je te laisserai les clés chez les C. Les souris ont mangé une de tes pantoufles, à ta place, je ne viendrai pas, elles sont dans le cas de te manger aussi. J’ai mis une souricière qui naturellement n’a encore rien pris. J’espère toujours aller à Feyzin dès qu’il y aura une place vacante.
Toutes mes affections les plus vives à tous à la maison. Je t’embrasse de tout cœur avec les enfants en attendant de vous revoir.

Tu dois venir samedi. Je compte bien que comme d’habitude tu me feras « lanterner » 15 jours au moins !!! Pourvu que tu sois venue d’ici la Toussaint !!!

Lucien
Note
Date incertaine
Lettre du samedi 13 octobre 1917


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