Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 9 octobre 1917
Lyon, mercredi 10 octobre 1917

Bien chère Alice,
J’ai reçu hier soir ta 2ème lettre de lundi. Merci ! Je t’ai envoyé tout à l’heure par Faure deux bouts de Vals. Hier matin je suis allé chez M. Cleyet. Je ne l’ai pas trouvé. J’ai vu ensuite son frère qui commande la TP 560. Il m’a bien reçu, son frère avait déjà parlé de moi. Ce matin M. Cleyet est venu à la Part-Dieu pour me voir. Il a été très gentil pour moi. Je suis allé le trouver dans le bureau de son frère à qui il m’a présenté. Celui-ci m’a fait de suite un papier pour aller au bureau du capitaine. Il y avait un officier le remplaçant et qui tou d’abord croyait que je devais retourner au front.
Heureusement le journal officiel m’a servi et j’ai pu le convaincre de mon bon droit. Il a décidé de me faire présenter au capitaine demain matin pour me faire passer ensuite au GA. Tout dépend donc de celui-ci maintenant. Il y aura bataille certainement mais j’espère le convaincre aussi. Dans le cas où je retournerai au GA, M Cleyet m’a donné un mot pour un adjudant qui commande là-bas. Grâce à cela, je pourrai retourner à Feyzin. Maintenant attendons demain.
M. Cleyet a trouvé le beurre excellent. Il m’en a commandé deux livres pour chaque semaine. Il viendra me voir au GA pour me le payer chaque semaine. En outre il voudrait 25 kilos d’Early ( ??) Vois si tu peux me trouver cela à Heyrieux ou ailleurs. Tu me diras pour les prix. Mets son beurre samedi (1). Pour les cousines, il ne faudra rien cette semaine. M. Carra ayant rapporté de Ville tout un stock. Tricotelle n’a pas touché mon auto. M. Carra me l’a demandé à acheter. Il veut faire mettre le moteur à neuf et a demandé à Lambrecht s’il pourrait avoir des cylindres neufs. On attend la réponse du représentant de Panhard. Tricotelle n’ira pas à Valencin. Il a démonté encore une fois l’auto de M. Carra. Ce soir je soupe chez M. Carra en haut. Il y a un faisan. Tricotelle repart vendredi. Il a apporté un paquet de tabac pour ton papa. Tu le trouveras dans le paquet chez Faure. Je n’ai plus rien comme provision. C. Des m’a donné les trois quarts d’un de tes fromages. J’espère que le petit va de mieux en mieux. Veille bien sur la petite. Si l’école la fatigue, fais la cesser aussitôt. Affections à tous à la maison. La mémé va-t-elle mieux ?
Je t’embrasse bien fort

(1) Si tu n’as pas les pommes de terre, ça n’y fait rien. Adresse le beurre à mon nom et dis moi le prix.
Lucien
Lettre du mercredi 10 octobre 1917


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