Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 10 octobre 1917
Lyon, samedi 13 octobre 1917
De ma chambre
Bien chère Alice,

J’ai reçu hier ta lettre de jeudi soir 2h. Tu me diras si c’est bien la dernière que tu m’as envoyée à la 560 et s’il faudra aller en réclamer d’autres. Je suis allé ce matin chercher le colis chez Jeannot et j’ai trouvé ta lettre dedans. Merci beaucoup de tout. Les boudins et le rôti ont fait bien plaisir aux C. Elles m’ont bien répété de bien remercier la mémé pour les boudins. M. Carra va se régaler. Tout cela ne t’intéresse pas : tu voudrais savoir si je vais aller au GA. Et bien sois contente, cette fois c’est fait. J’y suis depuis ce matin. Je te dirai même que ça va trop bien. J’y ai été reçu à bras ouverts. D’abord le bureau que je connais bien puis Cassan qui m’a fait fête. Sur ces entrefaites arrive l’officier M. Bouvard. C’est un ami intime à M. Cleyet. Aussitôt il est venu avec moi et m’a tendu la main en me disant que M. Cleyet était venu le voir il y a quatre jours et m’avait bien recommandé à lui. Ça a duré comme ça une demi-heure. Je lui ai conté mes tribulations à la Part-Dieu, il m’a dit qu’il en sortait et qu’il y avait passé deux mois. Nous avons causé de M. Gambs qu’il connaît bien. Enfin je l’ai quitté avec, bien entendu, mon après-midi libre. J’en profite pour t’écrire. Ensuite j’irai porter le beurre à M. Cleyet et de là j’irai me faire arracher une dent qui décidément m’agace trop. Je n’ai pas eu le temps ce matin de m’informer des places vacantes à Feyzin. Ça ne fait aucun doute que j’irai à la première place libre. D’ailleurs Gaillard qui y est va être libéré définitivement de près et in va relever un engagé volontaire jeune, Chenavat pour le front. Ça fera de la place.
Hier au soir j’ai soupé avec Rassié au Restaurant Russe place des Jacobins. Pour 45 sous nous avons eu : salade pieds de veaux, cœur de bœuf sauce Madère, pommes de terre au beurre, rôti de veau, dessert. C’est une adresse à retenir ; C’est à côté de la place des Jacobins, dans une rue entre Bellecour et cette place côté Saône.
A la Part-Dieu, on m’a regretté. Mon dernier chef de convoi à Orléans m’a dit hier au soir qu’il ne me remplacerait pas, qu’il en aurait bien voulu 20 comme moi dans son convoi. Je le comprends, avec ces élèves chauffeurs, ce n’est pas amusant en route. Le brigadier de groupe au bureau aurait voulu me garder aussi. Trop tard ! de la Part-Dieu, j’en ai soupé ! Au GA, j’ai retrouvé la plupart de mes camarades gradés, sauf ceux trop inférieurs comme instruction. Quantité de nouveaux venus aussi que je ne connais pas. Les chauffeurs leur manquent. Genest-Barge est brigadier et un tas d’autres aussi. Les brigadiers sont devenus logis. Ça a changé en 6 mois. Voilà une longue lettre pour marquer ton dimanche. Écris-moi à : TM 1140 Quai Perrache 32 Lyon.
J’espère que le rhume de la petite ne sera rien. Tiens la bien au chaud. Pas d’école avant guérison complète.
Je t’embrasse bien fort ainsi que tous à la maison.
Vu hier tantôt chez les cousines le cousin Perrin et sa femme Marie Berthier.
J’ai envoyé hier à Tricotelle par la Part-Dieu ton paquet de fromages.
Lucien
Lettre du mardi 23 octobre 1917


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