Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 27 novembre 1917
Feyzin, jeudi 29 novembre 1917
Bien chère Alice,

Je t’écris ces lignes pendant que les Chinois débarquent mon camion. J’arrive de Lyon avec un voyage de briques en mâchefer. C’est, je crois, mon dernier jour à Feyzin. Ça ne me fâche pas. Les Chinois se sont mis en grève dimanche. Ça a duré jusqu’à ce matin. Hier pour en finir, on a amené une compagnie d’infanterie et des artilleurs qui ont bloqué les Jaunes dans leurs baraques et on leur a coupé les vivres.
Ce matin ça travaille un peu. J’en avais une équipe de 6 que j’ai menés à Lyon pour charger mon camion. Ils ont donné leur pain aux Boches qui travaillaient au même endroit à l’usine de gaz de la Mouche puis ils me disaient « Français pas bons, boches camarades. »
Je n’ai pas pu t’envoyer une carte que je t’avais fait hier. Je ne puis t’écrire que quand on charge ou décharge le camion. Ce matin, il fait meilleur qu’ihier, le temps est doux. Je dine dans un petit restaurant à Saint-Fons. Je n’ai pas le temps de faire ma popote. Je gagne cinq francs par jour, mais ce n’est pas sans misère. Quand tu viendras, je ne ferai pas du travail si loin. Et les semailles ? Dis-moi un peu où vous en êtes. La Briche est-elle finie ? Et chez Masson ? Le petit a-t-il encore ses boutons ?
J’espère que cette lettre vous trouvera tous en bonne santé et en attendant de retourner à Valencin, je vous embrasse tous de tout mon cœur.

Lucien
Lettre du vendredi 30 novembre 1917


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