Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du lundi 3 décembre 1917
Balan, vendredi 7 décembre 1917
La Valbonne

Bien chère Alice,

Je suis venu amener un voyage ici en attendant l’heure de diner, je te fais ces quelques lignes. Il y a de la neige dans le camp et c’est gelé.
Lyon, dimanche matin, 8heures.
Je continue cette lettre pendant qu’on charge mon camion. Hier au soir, j’ai reçu ta lettre de vendredi par laquelle tu me disais que tu n’avais rien reçu de moi. Je t’ai pourtant envoyé une carte jeudi et une petite lettre hier samedi.
Vendredi je suis retourné à la Valbonne. La journée a été pénible.
Hier je suis resté à Lyon à L’Exposition. Ce matin aussi. Ce soir il faut que je lave mon camion. Il est réformé. Après je le mènerai au Grand Camp. Aujourd’hui dimanche, il n’y a eu de repos pour personne. Tous les camions disponibles sont allés à la Valbonne déménager les coloniaux qui partent pour Salonique. Je pensais m’en aller pour démonter les cylindres de l’auto. Ça me fait bien marronner. Pour l’auto, voici ce qu’il faut faire : Tu iras demander à Gerboulet qu’il démonte les 4 cylindres fêlés. Tu le paieras pour ce travail. Ensuite tu me feras parvenir ces cylindres pour que je les fasse souder. Une fois réparés, j’irai les remonter et j’amènerai la voiture à Lyon. Aller la chercher maintenant me couterai trop pour la faire remorquer avec une voiture. Gerboulet verra pour le démontage des cylindres. Il n’y a rien de secret. Démonter les raccords d’eau, d’huile, et le carburateur. Bien remettre les écrous en place. Je ne veux que les 4 cylindres simplement qui tiennent chacun par 4 boulons bien visibles. Une fois ces 4 boulons enlevés, on soulève le cylindre et tout vient. Tu feras envelopper avec du papier les pistons après le démontage et tu couvriras le tout avec un sac. Si c’est plus commode pour lui, il peut enlever le radiateur qui tient avec deux boulons.
Je t’attendrai mercredi prochain. J’espère que le temps se sera remis au beau d’ici là. Ici à Lyon, on n’a pas froid. Il n’a pas gelé et la neige n’a pas tenu. Elle fondait en tombant. Lyon est bien moins froid que les campagnes environnantes. Je voudrais bien que tu viennes car j’ai toutes mes affaires en désordre. Je n’ai pas eu le temps de rien faire pendant que j’étais à Vénissieux et à Feyzin. Jeudi soir, j’ai lavé mes mouchoirs et mes chaussettes. Ma cousine m’a donné la clé de la grande chambre à côté pour faire sécher tout ça. Vendredi soir je me suis rasé pour aller souper. Il y avait M. et Mme Gambs, et M. laroche. Grand gala, comme tu penses. M. et Mme Carra sont dans le Beaujolais. Mme Carra mère est très malade. Elle a un cancer, c’est la fin.
Ton papa a laissé un mouchoir dans ma chambre. Ça a dû le gêner pour s’en aller. On a bien fait d’y aller dimanche passé, aujourd’hui c’eut été impossible. Dès que tu seras avec moi, tu prendras des capsules de ricin, comme l’a dit M. B. Mais si tu ne viens pas mercredi, je te les ferai passer par la poste.
Je reviens sur l’auto : fais tout ton possible pour que Gerboulet me démonte ces cylindres. J’ai toute une combinaison pour la réparation que je voudrais faire avec le moins de frais possible. Tu chercheras dans les outils que Tricotelle m’avait apportés un morceau de cuir rouge et tu me l’apporteras. C’est un repoussoir pour M. Carra. Je vais bien. Merci pour tes lettres qui me font bien plaisir.
Viens quand tu pourras ça me fera encore plus plaisir.
Embrasse bien ma fillette pour moi. Toutes mes amitiés bien vives pour tous à la maison.
Je t’embrasse bien fort en attendant de te voir.

Je n’ai plus de fromages.
Lucien
Lettre du jeudi 13 décembre 1917


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