Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du jeudi 13 décembre 1917
Lyon, mardi 18 décembre 1917

Bien chère Alice,

Tu as dû recevoir ma lettre d’hier soir te disant que je partais ce matin pour Valence. La neige est tellement abondante que je n’ai pu partir et que le départ est ajournée à demain ou à plus tard si le temps persiste. Ce qui me fait marronner, c’est que justement cette semaine j’étais à la mairie où je gagnais six francs par jour. Mon camion y est toujours mais ce n’est pas moi qui touche !
Toi qui me chine toujours, tu sauras que le capitaine avait donné l’ordre de mettre comme chef de détachement le conducteur le plus « sérieux » du garage. Tu vois maintenant, qui c’est le plus sérieux ! L’opération est difficile car il y a deux remorques derrière le même camion. Un petit train !
J’attends avec impatience que tu m’écrives pour savoir comment tu t’es rendue.
Il était pourtant nécessaire que tu viennes mais je ne voudrais pas que tu aies attrappé du mal.
Y avait-il beaucoup de neige pour aller à Valencin ? A Lyon, elle fondait hier mais aujourd’hui elle tient. C’est une mélasse épaisse. Ce matin je suis monté dans trois trams qui tous ont déraillé. J’ai vu Bonneton ce matin, il m’a remis 34frs 70 de mon prêt. Je lui ai donné sa moitié de 6 frs d’étrennes que j’avais touché à la Valbonne avant de partir.
Demande au papa s’il faut lui acheter du tabac ordinaire dans les bureaux puisqu’il n’y en a pas à Valencin. J’en trouverai peut-être à Lyon. Je n’enverrai rien à Faure demain, que si je le vois et si je suis à Lyon. Ecris-moi au GA 32 q. Perrache.
Embrasse bien les enfants pour moi, donne moi des nouvelles de tous. Toutes mes affections.

Lucien
Lettre du jeudi 20 décembre 1917


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