Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 30 décembre 1914
Sertier Lucien
Lyon, vendredi 8 janvier 1915
11 heures
Très chère Alice,

Tout va bien jusqu’à présent. Je suis allé à la Part-Dieu en arrivant. Tout d’abord, on voulait me garder à Lyon, mais j’ai réclamé au capitaine Souchon qui a ordonné qu’on me fasse un ordre de départ immédiat pour Dijon. Je pars à midi 32. Je me suis acheté des mitaines bien chaudes pour trente sous au grand bazar. Tu ne m’en feras donc pas.

Je me suis bien rendu compte, chère amie, pendant ces quelques jours si vite passés auprès de toi, que tu es réellement très fatiguée. Tu as les nerfs malades, il te faut le repos. C’est pour cela que je désire que tu ne te fatigues pas l’esprit avec ces comptes que tu n’es d’ailleurs pas en mesure de régler car tu n’es pas assez forte pour cela. Je te le répète, je suis absent et toi tu es souffrante. C’est donc un motif suffisant pour opposer un refus absolu aux opportuns. Guéris toi d’abord. Les comptes après. Tu as pu te rendre compte ainsi que moi que tu as l’appui de tes parents et des miens. Pas conséquent, laisse de côté tout souci d’affaires. Débarrasses-toi l’esprit de cela et guéris vite. Ce n’est que le calme qui te fera du bien. Je dois te dire, chère amie, que ton papa, que je ne saurais trop remercier, m’a encore donné vingt francs ce matin, j’en suis confus. Tant d’embarras qu’on lui donne déjà. Tu le remercieras bien pour moi.

Au revoir donc, chère Alice, ne te tracasse de rien, guéris bien vite pour aider tes bons parents au lieu de leur être à charge et reçois mes meilleurs baisers.
Embrasse bien tout le monde pour moi et remercie-les bien pour leur bon accueil.

Affectueusement à toi.

Je ne suis allé voir personne, à Lyon, ni Joséphine, ni les cousines D.



Lucien
Note
Ecrit de chez Sage, à Perrache Illustration
Lettre du samedi 9 janvier 1915


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