Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 20 mars 1918
Sertier Lucien
Lyon, vendredi 22 mars 1918

Bien chère Alice,

A mon grand étonnement, je n’ai pas eu de lettre de toi aujourd’hui. La poste marche sans doute très mal, surtout quand on ne met rien dans la boîte.
J’ai eu une lettre de Tricotelle et une autre de ma mère. Je viens de voir la mère Gardon. On ne l’a pas encore opérée.
Es-tu allée à Marennes ? Vas-y tout de suite si tes maux d’estomacs persistent et si tu n’as pas de soulagement, on ira voir un docteur à nouveau. Je suis de garde dimanche 24. Pour Pâques, je garderai une demi-journée et Nicot l’autre. Nous ne sommes plus que nous deux au bureau en attendant le retour de Bévy. Tu pourrais, comme tu en avais l’intention venir passer les fêtes de Pâques à Lyon. Tu te rentourneras le mercredi suivant par Faure. Bien entendu amène les deux enfants, on les fera photographier.
Je crois que je serai obligé de prendre tantôt ma permission vers le 10 avril probablement. La période finit le 31 mai et il faut que tout le monde y soit allé à cette époque, le tour recommençant à cette époque. Je prendrai la seconde au moment des fanages. Plus je retarde la première, plus cela retarde la seconde.
Je te renvoie la carte corrigée de la petite. Fais-lui faire ses lettres sur une feuille de papier, cela me permettrait de mettre les annotations en marge. Explique lui les phrases mal faites : exemple son petit frère et son rhume ne sont pas des choses allant ensemble.
Quand Mlle Bourgey aura fini ma veste, tu me la feras passer. Tu lui mettras les boutons ici quand tu viendras. On les achètera ensemble.
M. Gambs est en train de faire installer un jardin de deux hectares pour la section avec élevage de porcs et de lapins avec les débris et les eaux grasses. On parle de 400 lapins. Je leur ai prédit un échec complet. Gare à la crève !!!
Il paraît que vous avez eu la grève des boches, tu me raconteras un peu cela.
En espérant que tu daigneras m’écrire, je te dis au revoir et à bientôt. Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que les enfants et tous à la maison.
Lucien
Lettre du mardi 26 mars 1918


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