Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 26 mars 1918
Sertier Lucien
Lyon, mercredi 3 avril 1918
Bien chère Alice,

On ne se comprend guère au téléphone et on ne sait guère de choses après avoir causé. J’aurais voulu savoir des détails sur le petit, comment il a dormi, la fièvre, etc. J’espère que ta lettre me renseignera mieux.
Je ne sais ce que j’ai pris, lundi soir il faisait mauvais temps, je ne me sentais pas bien. Je ne suis donc pas allé à Valencin après avoir bien hésité. Hier je sentais une angine qui venait, j’avais un peu la fièvre. J’ai passé une nuit à peu près. M. Carra m’a fait badigeonner hier soir avec de l’alcool camphré dans la gorge. Je crois que ça m’a fait avorter l’angine. Enfin il ne faut pas te faire du mauvais sang pour ça, ce ne sera encore rien pour ce coup. Je t’écris du bureau où je suis venu comme d’habitude.
Cet après midi, je vais aller avec M. Carra au camp Serbe à Francheville y chercher un domestique pour son frère à Ville.
Si je trouve un cultivateur à peu près je l’embaucherai pour le papa. Je crois que les prix sont : 60 frs pour les grands mois et moins pour les autres et l’hiver.
Ce soir il y a un petit souper chez M. Carra. M. et Mme Gambs y seront. Je dois y aller aussi si je ne suis pas trop fatigué.
J’ai vu hier Mme Gardon qui va de mieux en mieux.
Je m’en irai dès que j’irai mieux ; ce sera sûrement pour dimanche à moins d’imprévu. Toutes les permissions, même à 24 heures, sont supprimées par rapport à l’offensive. Nous avons en ce moment une inspection par un colonel du ministère. C’est pour le renvoi des engagés au front. On sera fixé d’ici au 19 avril.
Je vais aller au camp de Chambarand avec M. Gambs mardi prochain. Je ne sais pas s’il voudra passer à Valencin au retour. Je te le dirai dimanche ou avant.
Cahuzac vient me voir au bureau demain matin en rentrant de permission.
Ci-joint une lettre de ma mère.
Donne-moi bien des nouvelles de mon petit Joseph. Le temps me dure énormément de ne pouvoir le voir. J’ai compris hier que tu me disais qu’il allait mieux. J’ai beaucoup de travail ici avec cette fin de mois. C’est vraiment la guigne. Veille bien sur la bouche de la petite. J’ai vu ce matin que j’avais des boutons dans la bouche comme le petit. Ça doit être contagieux. Et toi, comment vas-tu ? Je te l’ai demandé hier mais je n’ai pas pu comprendre ta réponse. Il me semblait que tu parlais très bas.
Au revoir, bien chère Alice, mes amitiés à tous à la maison. Je t’embrasse bien fort, ainsi que mes chers petits.

Je t’ai demandé ma veste pour aller à Chambarand et chez les Serbes ce soir. D’autre part, mes souliers me blessent.
Lucien
Lettre du mardi 16 avril 1918


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