Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 28 mai 1918
Sertier Lucien
Lyon, dimanche 23 juin 1918
Bien chère Alice,

J’ai reçu ta lettre hier avec beaucoup de plaisir. Je profite de mon tour de garde pour t’écrire pendant que je suis un peu tranquille. Hier nous avons eu un service peu ordinaire. Il s’agissait de transporter des valeurs du crédit lyonnais de Paris. 19 wagons étaient arrivés en gare de la Guillotière transportant 6 milliards de francs en titres au porteur. Jamais je n’avais vu tant de précautions. Nous sommes arrivés à 6 heures à la gare. Un piquet d’infanterie, baïonnette au canon, entourant les wagons. Nos vingt camions étaient divisés en groupes de 4. Chaque groupe avait un maréchal des logis sur le dernier et un brigadier sur le premier. Dans chaque camion il y avait un gendarme et un employé du crédit lyonnais. Au lieu de déchargement, dans les caves de l’archevêché, il y avait le même luxe de précautions et tout cela était étiqueté, compté, vérifié. Chaque camions portait environ 100 millions. J’ai fait trois voyages avec mon camion. Nous marchions en convoi serré comme au front. On nous a donné 180 frs d’étrennes qui ont été versés à l’ordinaire. Le capitaine, le lieutenant, l’adjudant, tout y était.
Chez Carra, leur sœur de Paris est arrivée hier soir avec son petit garçon. Je ne les ai pas encore vus. Les cousines ont reçu le panier hier. Beaucoup de mercis pour le tout. Elles m’ont invité à dîner pour aujourd’hui. Je n’y suis pas allé, j’irai peut-être ce soir.
Le Rhône est très haut. Il commence à atteindre les caves. Viens quand tu voudras sauf samedi. Je compte bien aller à Valencin dimanche prochain. Je prendrai un après-midi pour sortir avec toi quand tu viendras.
Notre voisin M. Paquet est parti au front comme ouvrier rappelé aux armées. M. C. en tremble dans sa peau.
Vous n’avez presque rien fané cette semaine. Je vois bien que quand je n’y suis pas vous ne faites plus rien !
Comment va la mémé ? J’ai reçu aujourd’hui une lettre de ma mère me disant que la cousine Léonie qui avait eu un rognon descendu avait guéri après être restée longtemps couchée. C ‘est le docteur Néron de Saint-Priest qui la soignait.
Toutes mes affections à tous à la maison.
Je t’embrasse bien fort ainsi que ma petite Marcelle et Titi
Lucien
Lettre du lundi 1er juillet 1918


Nous contacter