Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 6 avril 1917
Sertier Lucien
Lyon, mardi 24 avril 1917

Bien chère Alice,

Je t’écris d’un petit café bien en face de chez Joséphine. Je viens de casser la croûte et j’attends d’aller reprendre mon camion à 1 heure. Je suis allé tout à l’heure voir la cousine Allemand, je vais y remonter dans un instant pour voir J. et Rose. Je vais te raconter ce que j’ai fait depuis que je suis parti lundi matin. D’abord, je suis arrivé à la gare demi heure en avance. J’y ai vu Jaillet le boulanger qui a payé une « ganache » à la gare. Arrivée à Lyon sans difficulté à 7h ½. Une fois réunis aux camarades, nous sommes allés à la Part-Dieu, puis à la rue Duhamel (Perrache) où sont les bureaux de l’auto. A onze heures, nos paperasses n’étaient pas finies. Je suis allé diner rue des marronniers et de là ayant encore du temps, je suis allé dire bonjour Clos Suiphon. On m’y a invité à souper et à coucher pour le soir. Retour à 2h1/2 rue Duhamel. Interrogatoire serré sur le séjour au front, aptitude à l’auto et enfin sur la profession exercée avant la guerre. J’ai répondu : agriculteur. J’ai bien dit que j’étais un peu boulanger mais que ça ne marchait plus et que la culture seule était mon métier maintenant. Enfin sur le papier, il n’y a que : agriculteur. A 9 heures, nous sommes allés chacun dans nos postes. Un à Grenoble, un autre dans le Vaucluse, un aux autos de courses, un aux ambulances et quatre aux camions. Je suis de ces 4. L’entrepôt est 153 rue de Vendôme, presque à l’angle du Cours Lafayette. Là, on nous a annoncé que l’un de nous quatre serait envoyé à Barcelonnette (Basses-Alpes). Qui ira ? Ça ne me sourit guère. Des quatre, je suis le plus âgé et le seul père de famille. De plus, il m’a semblé qu’on avait fait beaucoup de cas du fait que j’étais fourrier. Quand je suis arrivé rue de Vendôme, on le savait déjà. Me gardera-t-on au bureau ???
J’ai soupé hier au soir rue clos Suiphon avec toute la famille, et Mme Laroche et Jean Carra. J’y ai couché et j’y retourne ce soir.
Ce matin j’étais à 6 heures et quart au garage et je suis parti à 7 heures sur un camion avec un vieux chauffeur de Lyon, grand ami à Aubry et un type du même genre.
Nous avons chargé je ne sais quoi à l’hôpital du lycée du Parc et on l’a mené dans un dépôt à Vaise. Cet après midi, on va à l’exposition mener un voyage et ce sera tout. J’ai conduit tout le temps. Ça va. Je ne suis ni nourri, ni logé. Je touche 2fr70 par jour (54sous). Il ne faut pas compter me voir au garage dans la journée. Je n’y vais qu’à six heures du matin et à 5 heures du soir.
Fais moi faire un certificat par G. Gardon. J’essayerais d’avoir une permission agricole. Fais-y bien mettre que tu es chez ton papa avec les enfants et ne parle pas de la boulangerie.

Voici mon adresse : Lucien Sertier Conducteur
Groupement auto 14ème région
153 rue Vendôme,
Lyon
Mais autant vaudrait m’adresser chez M. Carra.
Je t’ écrirai ce soir s’il y a du nouveau.
Je t’embrasse bien fort ainsi que tous à la maison.

Lucien
Lettre du jeudi 26 avril 1917


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