Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 8 janvier 1915
Dijon, samedi 9 janvier 1915
Ma chère Alice,

Je suis arrivé à Dijon à 9 heures et demi du soir. Je pense que tu as reçu ma lettre de Lyon. J’ai couché à l’Hôtel à Dijon. J’étais éreinté par ce long voyage. Je suis allé ce matin au quartier à huit heures. Grande activité. On mettait la main pour le départ de nos camions, des Berliets neufs. Nous partons dimanche matin 10 janvier. Tout le monde m’a fait le meilleur accueil. L’officier M. Berthet a été particulièrement aimable pour moi. Vous avez du recevoir à ce qu’il m’a dit un deuxième télégramme, car ma réponse n’est arrivée que vendredi ici. Je suis donc toujours cuisinier. Mon ami Planche m’a dit qu’il m’avait renvoyé mes lettres et qu’il m’avait écrit. Vous trouverez bien tout cela.

On dit de partout qu’un coup se prépare. Dans le train qui m’a amené, il y avait un bataillon de Tirailleurs algériens qui allait au front. A Tournus, nous avons encore embarqué un bataillon de jeunes chasseurs à pied (classe 1914). En outre, dans toutes les gares importantes, il y avait des trains sanitaires de gradés. Je n’avais pas vu ça il y a huit jours.
Nous partons pour une direction inconnue. Je finis car j’ai bien à faire. Il faut que j’achète des vivres, viande et légumes pour deux jours et puis que je fasse provision de sel, poivre et oignons. Toutes choses qu’on ne trouve plus sur le front.

Nous sommes tous enchantés de partir. J’espère. Mes meilleurs remerciements à tes bons parents. Embrasse-les bien pour moi ainsi que la petite Marcelle. A toi, chère amie, mes meilleurs baisers, guéris toi vite.
Ton mari qui t’aime profondément,

Lucien

L.S. convoi automobile
Auto-Compagnie 14ème escadron du train
404ème section TM.
En campagne par Dijon.
Note
Marius Berliet est un enfant de la Croix-Rousse, à Lyon. Il s'intéresse à la mécanique, construit un premier moteur en 1894, monte une petite entreprise qui croit rapidement au début du XXème siècle en produisant des voitures. Pendant la première guerre mondiale, il fournit abondamment l'armée française, en produisant des obus, des camions et des chars. http://www.fondationberliet.org/ressources-documentaires/galerie/
Lettre du lundi 11 janvier 1915


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