Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 3 avril 1918
Sertier Lucien
Lyon, mardi 16 avril 1918
Mardi soir 4h1/2
Bien chère Alice,
Nous avons fait bon retour, Tricotelle et moi hier. Pas de rhume. J’ai trouvé ma mère, toujours la même chose, assez fatiguée. J’en ai causé aux cousines qui m’ont dit que c’était une maladie de cœur. Ma sœur y est allée hier. Elle (…mot illisible) bien fait dire ce qu’elle a.
Rien de nouveau chez les cousines. M. Gambs va probablement embaucher Tricotelle dans son usine de tissage de l’Arbresle. Il achète une camionnette. Je m’occupe de cette question de transport et je te tiendrai au courant. M. Carra m’en a causé hier et m’a dit que si Tricotelle n’était pas aussi entêté, il aurait pu acheter un camion pour chercher ses vins dans le midi et ensuite faire des transports pour le public à moitié avec lui. Je n’ai pas parlé de mes intentions à M. Carra mais ça prouve que lui aussi voit cette question des transports. J’en ai causé avec Gangloff ce matin. J’irai voir Gaillard aussi. Tu connaissais Buthion de Vienne, le marchand de fer qui venait à Valencin. Il est ici comme magasinier en second depuis quelques jours.
J’ai laissé mon couteau à Valencin. Tant pis, je le retrouverai dimanche. Tu m’enverras tes ordonnances pour tes ampoules mais auparavant, demande à M. Roux si cette boite peut faire.
Je te dirai demain si je sais encore quelque chose de nouveau. Ce matin j’ai passé devant la guillotine. On venait de la démonter et de la ranger dans son fourgon. Quelques camarades sont allés voir l’exécution.
En attendant dimanche, je t’embrasse de tout cœur ainsi que tous à la maison.
Mercredi matin 10 h
Rien de nouveau, je vais aller chercher le pain chez Faure.
11h1/2 Faure n’est pas venu, j’espère que tout va bien.
Bien des choses, à samedi.
Lucien
Note
Date incertaine, lettre écrite un mardi. On trouve la trace d'une exécution capitale à Lyon le 12 avril 1918. Peut-être Lucien parle-t-il de celle-ci : 24 janvier 1918 Lyon Charles Flaguais 28 ans, jockey, déserteur assassin de son caporal, se rend le 27 mai 1917 chez Aude-Benoîte Gaty, veuve Rollin, demeurant au hameau de Mérège, à Saint-Didier de Chalaronne (Ain). Sous prétexte d'acheter de la paille, il se fait offrir un verre de vin et tue la veuve Rollin à coups de maillet et d'un poids de 5 kgs avant de voler 2.400 francs en or. Guillotiné le 12 avril 1918. Source : http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Condamnations1870-1981.html
Lettre du lundi 6 mai 1918


Nous contacter