Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du dimanche 23 juin 1918
Lyon, lundi 1er juillet 1918

Bien chère Alice,

Je suis arrivé à 7h20 ce matin au garage, sans incident. Bonneton m’attendait pour l’affaire de l’école, comme tu sais. Nous avons profité de ce que le lieutenant était seul dans la cour pour lui demander de nous inscrire à la prochaine demande d’E.O.R. (E.O.R. signifie élève-officier-réserve). Soit qu’il n’ait pas voulu laisser paraître sa surprise, ou qu’il ait été de bonne foi, il nous a approuvé assez gentiment, nous offrant de nous prêter ses livres. Il nous a donné en outre toutes les explications qu’il a pu. Il croit que la demande viendra de près. En conséquence je vais donc me préparer un peu. Il y a un livre de mathématiques à la boulangerie, sur le lit de la bonne. Montre-le au papa pour me dire ce qu’il en pense et envoie-le moi ensuite par Faure ou par Jeannot. Il faut connaître paraît-il les mathématiques, la géométrie et la trigonométrie, toutes choses que j’ignore royalement. Pour le reste, comptabilité, langue française, je peux me débrouiller. Il y a aussi la technique automobile, mais j’ai une grosse pratique qui m’aidera beaucoup. Enfin, au petit bonheur, je ferai tout ce que je pourrai. J’arriverai toujours Maréchal des logis à 200 frs par mois.
J’ai mangé à la popote à midi. C’est infiniment mieux qu’à l’ordinaire. On va me donner une carte de pain. J’en donne seulement 200 grs à la popote et le reste peut me servir en ville. Je n’ai pas besoin de te dire de me tenir quelques effets prêts en cas de départ. Et avec tout ça n’oublie pas d’arroser les aubergines !!
Bien des choses affectueuses à tous. Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que les petits.


Lucien
Lettre du mardi 6 août 1918


Nous contacter