Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du dimanche 18 août 1918
INDEFINI, lundi 19 août 1918
Orléans lundi soir 7h1/2 19 août 1918

Bien chère Alice,

J’ai enfin reçu ce matin ta lettre n°5 de mercredi dernier. Elles en mettent du temps pour venir. J’ai eu en même temps une lettre de ma mère et une de Villeurbanne. Je suis bien content de savoir que tu es allée à Saint Jean. J’espère que ces remèdes te feront du bien et que j’aurai le plaisir de te revoir en bonne santé. Voilà quand même les gros travaux passés chez vous et tout le monde aura un peu moins de misère. Ce ne sera pas de trop. J’aime bien savoir ce que vous faites, écris-moi un peu sur vos travaux en ce moment.
Moi je vais toujours à peu près, c’est à dire assez bien pour le moment. Aujourd’hui il y a eu examen de conduite d’auto. J’ai réussi et je ne retournerai pas à l’école d’auto. Ce sera le lundi matin de libre pour moi. Après demain il y a examen par M. de Milleville, un ingénieur adjoint au directeur de l’école. Cet examen sera, je crois, éliminatoire. Demain, on touche les fusils, ça se complique !
J’ai oublié de te dire de mettre dans le paquet ma meilleure culotte kaki (…) Je ne sais pas si je deviendrai jamais officier, c’est encore bien loin mais dans tous les cas, j’apprends un tas de choses dont je ne me doutais guère avant. Ça me servira peut-être. Notre cours finira vers le 20 septembre probablement. J’irai donc en permission à cette époque, entre les deux cours, (si je réussis !)
Bonneton veut y aller dimanche prochain. C’est vraiment trop pénible, deux nuits en chemin de fer pour une nuit à Lyon et 20 frs de voyage ! Cet après midi, nous avons eu 3 cours : mathématiques, technique auto, et administration d’une section. Demain exercice, math, technique, dessin et atelier. Tu vois qu’on nous occupe !
Je pense bien souvent à vous tous et beaucoup à mon Titi dont je suis bien privé. Mais enfin la guerre ne durera pas toujours. On commence à en voir le bout, la victoire vient à pas sûrs.
Il passe énormément d’Américains par ici. J’ai vu des lignes neuves entièrement faites par eux entre Bourges et Vierzon, avec des trains tout neufs. J’ai vu un de leurs trains sanitaires vraiment splendides.
Allons, au revoir. Ecris-moi un peu souvent. Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que tous à la maison.

Lucien
Lettre du mercredi 21 août 1918


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