Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du dimanche 1er septembre 1918
INDEFINI, lundi 2 septembre 1918
Orléans le 2 septembre 1918 lundi soir 7h

Bien chère Alice,

Je viens de recevoir ta lettre adressée chez M. Gay. Je n’ai rien à ajouter à ce que je t’ai déjà dit. Je m’aperçois très bien que G. m’a fait suivre par une note. Quant à savoir ce qu’elle contenait, c’est difficile.
Bonneton est rentré à midi de son voyage, brisé de fatigue. Ça ne m’a pas étonné. Il est allé à la 1140, il n’a pas vu Gambs mais il est revenu furieux contre lui pour plusieurs petits détails qu’il a appris sur son compte.
Je me suis bien ennuyé hier. D’abord j’avais des coliques, passées aujourd’hui. Je suis allé revoir la cathédrale, cela m’a fait l’occasion de faire une petite prière en passant. Je suis allé voir aussi deux restes de tours flanquant le fameux fort des Tourelles pris par Jeanne d’Arc et qui se trouvait à l’entrée du pont de l’époque. J’ai fait ensuite un paquet pour t’envoyer mais je ne l’ai pas mis encore en gare.
Merci beaucoup de celui que Bonneton m’a rapporté. Ça m’a fait grand plaisir. Nos cours deviennent très durs. C’est du galop. Il faut passer au tableau chacun à son tour. Sauf pour les maths, je m’en tire. Mais les maths ça ne s’improvise pas surtout au tableau noir. Et puis ils mélangent tout, la géométrie, la trigonométrie, les cotangentes, les sinus, les cosinus, et allez donc. C’est une sarabande de chiffres et de formules. Il n’y a que ceux qui ont fait de bonnes études qui s’en sortent.
Il fait toujours très sec par ici. Le matin, il a gelé blanc aux environs d’Orléans mais dans la journée il fait beau. Pas de vent. Les gens se plaignent de manque d’œufs, de pommes de terre. On ne voit guère aux étalages que des raisins à 2f. la livre. Mais il y a beaucoup de cinémas et de théâtre concert. Ne les plaignons pas.
Merci de ton envoi. Rien reçu encore au sujet du colis mis en gare.
En attendant de te revoir, ainsi que tous, je t’embrasse bien fort ainsi que les enfants et tous à la maison.

Si tu vas chez les cousines, dit leur comme moi que je suis parti pour quitter la société des Nicot et Compagnie trop riches pour moi. Que ça m’amenait des ennuis. D ‘ailleurs, dis-leur que je vais revenir.
Lucien
Lettre du mardi 3 septembre 1918


Nous contacter