Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 6 septembre 1918
INDEFINI, dimanche 8 septembre 1918
Orléans

Dimanche soir 2h 8 septembre 1918

Bien reçu ce matin ta lettre 22( ?) de vendredi. Je vois que la mémé n’est toujours pas mieux. Je crois qu’il serait nécessaire de voir un spécialiste à Lyon. Ce régime imposé par ce docteur de Saint Jean peut réussir chez des personnes plus fortes que la mémé. Dans tous les cas, chez elle il ne donne pas grand résultat. Il faudrait voir autre chose sans trop attendre.
Aujourd’hui nous avons la pluie, mais par intermittence, comme dans le nord. Le vent d’ouest est assez fort par instants et se calme de même. Les campagnes environnantes ont grand besoin de cette pluie. En ville, ça abattra un peu la poussière, une poussière blanche qui s’attache et part difficilement, même sur les chaussures. La Loire est à sec, il n’y a de l’eau que dans le canal latéral qui est creusé d’ailleurs dans le lit même de la Loire sur le bord, côté ville. Ce canal est séparé du fleuve par une digue basse. La navigation est absolument nulle, pas une seule péniche.
Je viens d’écrire rue Clos-Suiphon. N’avais-tu pas intention d’y aller ? Ecris-leur de temps en temps, ça leur fera plaisir.
J’ai envie d’écrire tout à l’heure à M. B. de Chavanoz. Il te faudra retourner à Saint Jean, selon les indications de ce médecin. Peut-être sera-ce plus efficace pour toi que pour notre chère mémé.
Avez-vous fini de rendre vos journées de machines ?
Et la guerre ? Les journaux semblent avoir reçu l’ordre de ne pas faire de prévisions sur l’avenir mais il me semble que d’ici à quelques jours, nous allons assister à de gros événements. Je ne crois pas que Foch veuille laisser aux boches le temps de s’organiser pour l’hiver sur leur ligne Hindenburg. Il faut remarquer qu’en ce moment, les armées françaises et anglaises ne font guère que suivre les boches et que l’armée américaine est au repos. Je crois donc à une violente attaque de près avec toutes les forces alliées pour déborder le fameux massif de Saint-Gobain et Laon, pilier de la résistance boche. Ce serait donc sur Reims par les Américains et sur Lille par les Anglais. Les Français aidant aux deux. Tous s’accordent à dire que ce sera pour la quinzaine en cours. Si ça réussit ce sera pour les boches la retraite définitive et peut-être la déroute finale. Espérons.
Je vais te dire au revoir, bien chère Alice, fais part de toutes mes affections au papa, à la mémé que je voudrais revoir rétablie, à Marcelle et à Jeanne. Je t’embrasse bien fort ainsi que les enfants dont le temps me dure beaucoup.


Lucien
Lettre du lundi 9 septembre 1918


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