Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du lundi 2 septembre 1918
INDEFINI, mardi 3 septembre 1918
Orléans

Mardi midi 3 septembre 1918

Bien chère Alice,

Je viens de recevoir ta lettre 19 adressée chez Gay. Ne te sers de ce mode que pour m’écrire quelque chose de confidentiel. Les timbres sont trop chers pour cela.
Ce matin aux classes à pied, ça bardait. Le lieutenant est venu. Il a fait prendre le commandement à deux camarades qui se signalent par leur grand train de vie. Ils ont d’ailleurs été piteux. La noce ne leur profite guère, ici il n’en faut pas.
Rien de nouveau. Les journaux annoncent l’enfoncement de la ligne Hindenburg. Ça marche très bien et si ça continue, ces boches vont en voir de cruelles : 128 000 prisonniers. C’est un chiffre respectable !
Tu me dis que tu trouves le petit intelligent. Il faudra le faire instruire. Si j’avais l’instruction qui me manque ici, je pourrais me classer dans les premiers. Ça ne s’improvise pas. On n’apprend pas en 6 semaines ce qu’on apprend en 6 ans au collège. Ceci me fait bien comprendre la nécessité de faire instruire les enfants suivant leurs aptitudes. Ce qu’il y a de curieux ici, c’est que j’en sais assez pour faire un officier, mais pas assez pour être un bon élève-officier. Ce qui prouve qu’on nous fait apprendre un tas de choses inutiles.
Allons, bien des amitiés à tous. Je t’embrasse bien fort ainsi que les petits.
Lucien
Lettre du mercredi 4 septembre 1918


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