Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 3 septembre 1918
INDEFINI, mercredi 4 septembre 1918
Orléans

Mercredi soir 7h 4 septembre 1918

Bien chère Alice

Rein eu de toi aujourd’hui. Ce sera sans doute pour demain. Ça a bardé aujourd’hui pire que d’habitude. L’officier fait paraît-il des reproches à notre adjudant instructeur sur la manœuvre à pied. J’étais tout mouillé de chaud ce matin en rentrant. On commande chacun à son tour. Les mouvements se succèdent sans interruption et tous s’accordent à dire que c’est vraiment très pénible. J’en ai gardé mal à la tête toute la journée. J’aimerais à causer avec le papa sur nos exercices en cours. Je suis sûr qu’il a connu une grande partie de ce qu’on nous apprend. Il a dû faire de la mécanique pour connaître le dessin industriel. C’est celui que nous faisons et je vois que ça entraîne beaucoup de choses en mécanique et en mathématiques. Les coupes, les profils, les lignes cachées, les traits d’éléments, etc. En voilà une salade !
Je te remercie beaucoup de la boite de beurre, ça me fait un bon petit déjeuner le matin avant de partir. Et puis ça a un goût de la maison. Vu de Valencin, ça ne dit rien mais d’Orléans ça change et ça prend une grande valeur. Ce sont des choses qu’on ne ressent qu’en étant très loin des siens et tu ne te doutes pas de tous les souvenirs que j’ai trouvés dans cette simple boite de beurre.
J’espère que cette lettre vous trouvera tous de mieux en mieux et en attendant de vous revoir, je t’embrasse bien fort ainsi que les enfants et tous à la maison.

Lucien
Lettre du jeudi 5 septembre 1918


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