Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 13 septembre 1918
INDEFINI, samedi 14 septembre 1918
Orléans

Samedi soir 3 h 14 septembre 1918

Bien chère Alice,

J’ai reçu ce matin ta lettre n°27, celle des cousines et celle de M. Titi et de Marcelle. Merci bien à tous, cela m’a fait bien plaisir. C’est enfantin, mais enfin on est toujours attristé quand à l’heure des lettres on ne reçoit rien et c’est tout le contraire quand on en a.
La lettre des cousines m’a fait bien plaisir comme tu me le disais. Elle est bien affectueuse, le coup de m’envoyer au double qu’à mon frère prouve que mon départ ne les a pas trop fâchés. Leur vie est bien monotone et quand j’y étais, je leur apportais un peu de gaité et de mouvement et puis je ne les contrariais jamais, ce que fait quelquefois M. Carra. A ce sujet, tu aurais mieux fait de faire passer les 10 frs d’Emile à Marie avec un mot d’explication. Pour moi c’est tout un travail et de plus, il faudra que j’écrive en Portes pour avoir son adresse, il a changé tout dernièrement.
Si mon paquet n’est pas encore parti joins-y donc une grammaire quelconque. Je veux revoir quelques règles de participes et de terminaisons des verbes en vue de l’examen écrit qui aura lieu dans 4 semaines.
Le beau temps est revenu. Cela doit favoriser les opérations sur le front. Nous attendons avec impatience la soupe de 10 heures pour avoir les journaux de Paris qui arrivent en même temps. Le matin nous avons appris la victoire de Saint Michel : 13 500 prisonniers. Ce fameux saillant de Saint-Michel qui avait résisté à tous nos efforts depuis 1914 (les Eparges, le Bois, le Prêtre) a été enlevé en deux jours par les Américains. Bravo ! Un camarade de cours qui a son frère dans cette région m’avait dit que les Américains avaient accumulé une quantité prodigieuse de matériel d’attaque dans ce secteur, comme jamais il n’en avait vu ailleurs. Il faut croire que c’était vrai. Maintenant, c’est Metz menacé, c’est le bassin de Briey, le fameux bassin minier (fer) qui va leur échapper. C’est la porte d’invasion ouverte sur la Bochie par cette fameuse plaine de Voïvre dont Velle m’avait tant parlé. C’est dans tous les cas la porte ouverte à bien des espoirs.
J’enverrai une carte à mon Titi et une à Marcelle. Dis leur que leurs « lettres » m’ont fait un petit moment de joie émue. Titi a dû faire un gros effort !
Bien des choses affectueuses à tous à la maison.
Je t’embrasse bien fort ainsi que tous.

Tu chercheras et tu m’enverras la citation à l’ordre du jour du groupe de Sailler dont je faisais partie. Ça peut me servir. A propos de la lettre des cousines, ne confond pas Mme Gambs avec son mari. Elle a été toujours très gentille et m’a envoyé des colis au front. Ne laisse rien connaître aux cousines au sujet de Gambs.
Lucien
Lettre du dimanche 15 septembre 1918


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