Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du dimanche 15 septembre 1918
INDEFINI, lundi 16 septembre 1918
Orléans

Lundi soir 7 h1/2 16 septembre 1918

Bien chère Alice,

Aujourd’hui j’ai été toute la journée en Sologne pour l’école d’auto. Il faisait un temps chaud et lourd et les bois même étaient dépourvus de fraîcheur. La briqueterie où nous mangeons en revenant de l’école auto étant de l’autre côté de la Loire, nous ne revenons pas à Saint Jean. Les autos nous déposent à la porte du réfectoire où on nous apporte également les lettres. J’ai reçu un petit avis m’informant que ta lettre recommandée était arrivée. J’irai la prendre demain à Saint Jean. Demain nous avons cours divers toute la journée.
Je viens de faire une grosse lessive : chemises, flanelle, 2 linges, mouchoirs, bonnette !! Ma propriétaire, qui est une brave femme, y met sécher dans son grenier et me l’apporte ensuite dans ma chambre quand c’est sec.
Il faut que je te décrive un peu mes proprios. Ce sont des petits rentiers. M. Gay a environ 65 ans. Elle en paraît 60. C’est une femme active comme cousine Desrayaud aimant beaucoup à bavarder, dans le genre de Mme Piot-Froydure. Mes fromages lui font bien envie. Elle m’a dit de lui en commander un kilo, qu’elle me les paierait bien, ainsi que le port. L’autre jour, je lui en ai donné un, elle m’a vite apporté en échange un flacon de confiture.
J’ai reçu ce matin aussi une lettre de Mme Carra, toujours aimable comme d’habitude. Je te l’enverrai après réponse faite.
Je ne sais si la fin de la guerre, proche cette fois, aura une influence sur mes cours, mais il semble qu’on tend à les faire traîner en longueur. En effet, le cours supérieur des EOR devrait être à peu près fini en période normale. Or la date des examens n’est pas même fixée. Le cours préparatoire qui devait, tu t’en souviens, se terminer en un mois et qui avait eu son programme écourté pour cela est loin d’être fini. On y aborde de nouveaux sujets.
Faut-il en conclure qu’on envisage en haut lieu un besoin moins pressant d’officiers et qu’on garde les élèves plus longtemps en pépinière ? L’avenir le dira. Il n’y a qu’une école ici où ça marche vite : les tanks. On y fait de tout dans cette école d’Orléans : des chauffeurs d’autos, des ouvriers mécaniciens, des brigadiers et des logis, des officiers d’auto, des mécaniciens, des constructeurs et des officiers des tanks, des conducteurs et des gradés pour des auto-mitrailleuses et auto-canons pour la DCA (défense contre avions) les auto-projecteurs etc.
Le mot d’EOR s’applique en somme à plusieurs catégories d’élèves-officiers et ne précise guère une adresse.
Je vois par le timbre de ta lettre que tu as pu aller à Lyon. J’espère avoir demain une lettre intéressante.
Je fais les meilleurs vœux pour que le papa soit vite rétabli, j’espère que la mémé, qui a rompu avec Saint Jean éprouvera un mieux réel, en mangeant à sa faim. Je trouve un peu étrange qu’il faille s’abstenir de manger pour être plus fort ! Voyez un autre médecin. Bien des affections à tous à la maison. Je t’embrasse de tout cœur ainsi que les enfants. J’ai envoyé un cheval à Titi… sur une carte ; hélas ! Laisse-le bien s’en amuser.
Lucien
Lettre du mercredi 18 septembre 1918


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