Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du lundi 16 septembre 1918
INDEFINI, mercredi 18 septembre 1918
Orléans

Mercredi midi 18 septembre 1918

Bien chère Alice,

J’ai reçu ce matin ta lettre de dimanche ,30 et j’ai appris avec beaucoup de peine l’accident arrivé au papa. C’est vraiment une déveine. Lui qui est déjà si fatigué et qui a déjà eu tant d’assauts divers ! Cette fois on ne peut pas dire que ce soit de sa faute. Qui aurait cru cela ? Il arrive tous les jours de rencontrer des vaches et de n’y pas prendre garde. Ce n’est pas comme les chevaux. Je crois que dans votre émotion du moment vous n’avez pas pris, vis à vis de Terrier, le meilleur chemin. Il fallait d’abord faire venir le médecin, puis prévenir votre assurance. C’est votre assurance qui aurait fait marcher Terrier. Même sans assurance, Terrier aurait dû prendre tous les frais à sa charge et cela lui aurait été plus sensible que toute autre chose. C’est gens n’ont qu’un seul endroit par où pénètrent les bons sentiments : la poche ! J’espère que cela ne sera rien pour le papa, encore que ce genre d’émotion, bien compréhensible ne puisse guère lui faire de bien. Le papa est toujours à temps de le mener à Heyrieux s’il ne veut pas se défaire de sa bête dangereuse.
Le fait est que tout est cher, à Orléans. Paris, trop près, accapare tout. Une boite de cirage coûte 16 sous, une pêche de 20 à 25 sous pièce. Le raisin de table 30 à 40 sous la livre.
M. Gay est allé faire un voyage à Bordeaux, il en a rapporté de beaux raisins blancs. Mme Gay nous en a donné deux fois. Quand j’ai été malade il y a quinze jours, elle m’a fait toutes les offres possibles pour des infusions ou ce dont j’aurais besoin. Ce sont en somme d’honnêtes gens. Je crois qu’ils n’ont pas d’enfants.
Cette nuit vers 3h1/2, j’ai été réveillé par un tintamarre de cloches. C’était l’alerte pour les avions boches. C’est la deuxième fois que ça se produit depuis que je suis ici. Les journaux ont en effet annoncé la venue des gothas sur Paris cette nuit et l’autre fois aussi.
Hier avec Bonneton et Brun nous avons soupé au restaurant pour changer un peu de l’ordinaire. On ne fait qu’un tout petit repas pour 3frs50 et encore nous avions apporté notre pain du réfectoire.
Demain sans faute j’enverrai une carte à mon Titi et à Marcelle. Je fais comme ma fillette : Je fais attendre mes réponses !
J’espère avoir de bonnes nouvelles sur la lettre (…) Je te remercie d’avance du contenu.
Toutes mes affections bien sincères à tous à la maison.
Bons baisers pour les enfants et pour toi.

Lucien
Lettre du jeudi 19 septembre 1918


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