Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 18 septembre 1918
INDEFINI, jeudi 19 septembre 1918
Orléans

Jeudi soir 19 septembre 1918

Bien chère Alice

Reçu aujourd’hui tes lettres 31 et 32 (ais-je reçu la 30 ?). Tu me racontes ton voyage à Lyon et le nouveau régime conseillé à la mémé par Mme T. Je comprends que des fortifiants et des aliments nourrissants lui feront bien plus de bien que ce lait qui lui répugne. D’ailleurs les deux mois de régime de Saint Jean ne lui ont guère été favorables jusqu’à présent.
Aujourd’hui, toute la journée école d’auto en Sologne. On fait des circuits, des demi-tours sur route, des virages savants en marche arrière, etc. Bref, nous devenons des virtuoses !! On fait ce travail deux fois par semaine car nous avons un examen pour cela. Demain les cours théoriques continueront par l’étude de la carburation. Nous aurons nos examens dans trois semaines demain. Je dis « nos examens » car il y en aura six :
1-Conduite auto
2-Manœuvre et commandement militaire
3-Technique automobile
4-Comptabilité
5-Etablissement d’un rapport
6-Dépannage et atelier
Les examens durent trois jours. Aux cours, on nous interroge et je vois avec plaisir, quand c’est mon tour, que ma mémoire ne me fait pas défaut. Je retiens bien mieux que je ne l’aurais cru toute cette nomenclature et les formules diverses. Ça ira peut-être. On sera d’ailleurs bientôt fixé à ce sujet.
Ce matin, temps pluvieux, cet après midi, il fait meilleur. On voit en Sologne les faisans se promenant dans les champs comme des poules. Ce sont d’immenses plaines sans un seul coteau à l’horizon. De grands bois, taillis de chênes ou hautes-futaies de sapins ou pins alternent avec des étendues cultivées. De grosses fermes sont disséminées ça et là.
Les villages sont rares. Terrain très médiocre, gravier noirâtre. Les récoltes sont plus mauvaises que dans la plaine de Diemoz. Pourtant les puits n’ont qu’un mètre de profondeur. Quelques vignes donnant un mauvais petit vin plat et acide. D’ailleurs à Orléans, on ne trouve pas de bon vin, du noah et du Midi, coupés avec leurs piquettes. Et ça coûte 32 sous le litre !
Comme je te l’ai dit, je ne demanderai pas de permission avant la fin des examens. Je ne voudrais pas perdre de leçon maintenant.
Merci, chère Alice, de tes bonnes lettres. Comment va le papa depuis son accident ?
Embrasse bien pour moi tes chers parents et sœurs et reçois mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.

Lucien
Lettre du vendredi 20 septembre 1918


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