Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du samedi 21 septembre 1918
INDEFINI, lundi 23 septembre 1918
Orléans

Lundi soir 7h 23 septembre 1918

Bien chère Alice,

Je viens de recevoir tous les colis et la lettre R. Dans le gros, il y avait un caleçon et l’imperméable, ensuite la grammaire et le kilo de fromage. Merci bien de tout cela et merci aussi à ceux qui y ont porté en gare, au papa qui s’est dérangé jusqu’à Heyrieux. N’est-il pas possible d’envoyer ces colis par la gare du tram ? Demande donc.
Les paquets sont arrivés en bon état. Ce n’est pas la peine de coudre si fin l’enveloppe. Il faut surtout bien serrer le paquet avec une ficelle, car c’est tant trimballé en cours de route que tout se disloque. Enfin, les fromages sont en bon état, rien n'est abimé, bien que le paquet fût très lâche. Ils sont excellents. Je n’en avais plus, alors ils sont les bienvenus.
Tu as dû recevoir la lettre de Mme Carra et le petit extrait de ma réponse. Tu as bien compris que le ton de ma lettre était plus aimable que ne le paraissait le passage concernant M.G.
J’ai écrit hier aux cousines et avant-hier à Mme Carra. J’ai envoyé deux cartes aux cousines Allemand mais je n’ai reçu aucune réponse.
Allez-vous bientôt vendanger ? Y-a-t-il des raisins ? Avez-vous arraché les pommes de terre de Chaponnay ? Conte-moi un peu vos travaux. Moi je ne peux pas te raconter les miens, sauf le papa, personne n’y comprendrait rien. Il me tarde de causer avec lui pour voir de son temps comment on traitait les questions de mécanique, de forces, de grandeurs, de ce qu’il a dû forcément apprendre. Et le dessin industriel, aussi !
Rien de nouveau. Je vais bien. Tous mes vœux pour qu’il en soit de même pour tous à la maison.
Je t’embrasse de tout cœur ainsi que les enfants et tes chers parents et sœurs

Tu me dis que le paquet de tabac est arrivé. Je l’avais recommandé. C’est le seul que j’ai touché, malheureusement.
Lucien
Lettre du mardi 24 septembre 1918


Nous contacter