Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du lundi 30 septembre 1918
INDEFINI, mardi 1er octobre 1918
Orléans
1er octobre 1918 mardi soir 7h

Bien chère Alice,

J’ai reçu aujourd’hui tes lettres 43 et 44 et une lettre de ma mère. Reçue aussi la lettre de ma fillette, très occupée comme elle me dit. A tel point qu’elle n’a pas le temps de m’écrire !! Diable, voilà des occupations bien débordantes ! C’est ce que je pensais d’ailleurs, et je n’ai pas attendu sa jolie carte pour lui envoyer un petit album qu’elle aura déjà reçu, je pense.
Et mon Titi, il s’entend pour commander ! Un clairon, une bicyclette, une poupée qui ouvre les yeux ! Fichtre, on verra, on verra !
Ce qui vient sûrement et à grand pas, c’est la victoire et la paix. Avec quelle impatience on attend les journaux ! Ils arrivent aussitôt après la soupe de 10h. C’est la lutte pour les avoir. Ce Foch est un maitre au génie napoléonien. Le Matin donnait ce matin une carte montrant le front boche en France assailli par dix armées alliées à la fois. Une belge, quatre anglaises, quatre françaises, une américaine, sans compter les contingents portugais et italiens. C’est bien la bataille générale que les boches auraient tant voulu engager ce printemps avant l’arrivée des américains. Trop tard pour eux maintenant. Leur effondrement va venir et comme pour les Bulgares ce sera terrible pour eux. Nous allons vivre de grandes journées. Quelle gloire pour la France qui a tenu bon jusqu’au bout et est encore le meilleur champion actuel. En Orient, c’est un général français qui écrase la Bulgarie. En France, c’est encore un Français, Foch, qui mène le train et bouscule les Boches. Il faut voir le moral, s’il a remonté. Entre soldats on entend des conversations qui n’auraient pas été de mise il y a six mois. La paix viendra plus vite qu’on ne le croit et elle se signera bien à Berlin.
Bonneton a passé son examen hier, il n’est pas content. On ne sait pas encore les résultats. L’examinateur leur a parlé du groupement de Lyon. Ça l’a surpris. Quelle note nous accompagnait donc ?
Je vais bien, cet après-midi, nous avons fait 1h1/2 de classes à pied. Il faisait beau.
J’enverrai une carte à mon Titi et à ma petite Marcelle. J’ai envoyé à Titi une carte qu’on m’a donnée au foyer du soldat d’où je vous écris. C’est plus chaud que dans ma chambre et on y voit plus clair.
Un gros baiser aux enfants. Je t’embrasse bien fort ainsi que tous à la maison.

Lucien
Lettre du mercredi 2 octobre 1918


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