Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 9 octobre 1918
INDEFINI, lundi 14 octobre 1918
Orléans
Lundi soir 2h
14 octobre 1918

Bien chère Alice,

Me voilà revenu dans cet Orléans lointain. On ne m’a fait aucune difficulté hier soir à Perrache. Mais sur trois camarades que nous étions pour Lyon, il n’y a que moi de rentré. En quittant ton papa hier, j’ai arrangé mon sac sur le vélo et je suis rentré tout doucement dessus pour ne pas trop me salir. Je suis arrivé à Lyon à la nuit. Après avoir rendu le vélo chez Bonneton, je suis venu chez les cousines. J’ai soupé avec elles, elles m’ont donné du vin du chocolat, une tablette et dix francs. Toujours très gentilles, comme d’habitude. Elles m’ont bien recommandé de te dire de ne rien envoyer vendredi prochain. Tu as trop à faire et s’il leur manque quelque chose, elles le trouveront à Lyon. Voilà ma commission faite.
Elles m’ont dit aussi que pour la petite, il faudrait combattre la constipation par des lavements radoucissants. Tu vois.
Je les ai quittées à 8 heures. Il y avait foule à Perrache. J’ai pu me glisser dans un wagon qu’on ajoutait, j’ai eu une place de coin jusqu’à Paris où je suis arrivé à 8h45 ce matin. Départ pour Orléans à 10h10, arrivée à midi ½. Il faisait beau à Paris et ici. Il a fait très beau hier, paraît-il.
Je suis arrivé à Saint Jean pour l’appel d’une heure. Là une surprise m’attendait dont j’ignore encore les conséquences. On nous a divisés en deux bandes : ceux qui avaient réussi et les autres. Je n’étais ni avec l’une, ni avec l’autre. Je suis allé voir au bureau s’il y avait omission. Je n’y ai trouvé que cette brute de logis Durand qui m’a répondu brusquement que j’étais versé aux EOR en attendant mon retour à Lyon. Inutile de demander des explications à ce sauvage. Pour ce soir j’ai congé, je t’écris de ma chambre. Demain je verrai bien un de mes professeurs et j’aurai quelques renseignements. Au cours précédent, on a versé 2 ou 3 élèves ayant réussi aux EOR mais ce n’était pas pour les renvoyer chez eux. Leur nomination arrive en même temps que celle des autres qui sont allés au grand convoi. Ce qui m’étonne et que je ne comprends pas, c’est ce retour à Lyon. Enfin on verra bien.
Les cousines hier m’ont bien engagé à écrire à Gambs, etc. Or plus que jamais, je vois du Gambs dans cette affaire. Car si ce n’est Gambs, qui est-ce, alors ?
J’attends demain avec impatience.
J’espère bien que quand cette lettre t’arrivera elle trouvera toute la maisonnée en bonne convalescence. J’aurais bien mieux aimé t’aider là-bas que rester ici à ne rien faire d’utile.
Si la petite est toujours fatiguée, et si tu le juges à propos, fais moi revenir pour trois jours. Songe cependant à la dépense. Le voyage coûte 22 francs. A toi de voir.
Au revoir, bien chère Alice, je t’embrasse de tout cœur ainsi que le papa et tous mes chers malades.


Tu remercieras le papa pour moi pour m’avoir emmené à Saint Priest et pour les 20 frs qu’il m’a donnés. Je suis confus d’avoir accepté après tous les embarras qu’on donne à la maison. Ne m’envoie que de courtes cartes pendant que tu as tant de travail.

Lucien
Lettre du mardi 15 octobre 1918


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