Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 22 octobre 1918
INDEFINI, mercredi 23 octobre 1918
Orléans

Mercredi soir 6 h1/2

Le 23 octobre 1918

Bien chère Alice,

J’ai reçu à midi ta lettre de lundi midi. Merci bien. Je suis content de savoir que notre petit monde va mieux.
Rien de nouveau à te raconter.
On dit que notre lieutenant juif qui si mal malmené ( ???) pour son examen est envoyé au front. Je le souhaite et qu’il y reste ! J’ai fait le moniteur toute la journée. Dieu sait si je m’y ennuie ferme. Heureusement que ce n’est pas pour durer. Je vais bien en ce moment. Cette vie au grand air donne bon appétit, mieux que de rester fermé dans une classe. J’attends avec impatience la Toussaint pour être fixé sur ma nomination. Ce sera d’ailleurs guère avant le 5 ou le 6.
Il est à peu près certain d’après les dernières nouvelles qu’il n’y aura pas de cours d’EOR. Nous serons donc chacun envoyé d’où nous venons. Le plus tôt sera le meilleur. Nous faisons notre école d’auto à une vingtaine de kilomètres d’Orléans sur la rive droite de la Loire en direction de Blois. Ce sont de beaux pays, bien cultivés. Beaucoup de vignes et de grosses fermes. Beaucoup de châteaux, aussi. C’est un terrain léger, le sol est peu accidenté, sans être plaine cependant. Les maisons en pierre ont des toits pointus couverts d’ardoise. Les pays ont de ce fait un aspect curieux. Ce soir j’ai la flemme et je vais aller me coucher de bonne heure. Je vais aller porter cette lettre au foyer à 150 mètres d’ici et puis au lit. Embrasse bien les enfants pour moi. J’espère que la petite va de mieux en mieux et la mémé aussi. Toutes mes amitiés à tous et à toi toutes mes affections.
Lucien
Lettre du jeudi 24 octobre 1918


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