Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du samedi 13 octobre 1917
Lyon, dimanche 21 octobre 1917


Dimanche soir 7h de ma chambre

Bien chère Alice,

J’ai travaillé toute la journée aujourd’hui. J’ai reçu hier samedi seulement tes deux lettres m’annonçant que tu ne viendrais pas. Te dire que j’en ai été content serait exagéré et il vaut mieux que je ne t’ai pas écrit ce matin.
Ce soir en rentrant, j’ai appris que j’étais affecté à la Valbonne en attendant qu’il y ait une place disponible à Feyzin. Le GA n’a guère en ce moment que des vieux de la classe 1889 et des engagés. Or tout ce monde va partir. Les uns libérés, les autres au front. On n’a pas le choix. D’autant plus qu’il faut de bons conducteurs. C’est pour le camp américain pour mener des officiers à l’école à feu ( ???) Nous sommes trois. Il y a déjà Bonneton qui était à Feyzin avec moi. J’y vais en remplacement d’un conducteur qui a abimé un camion et dont les Américains ne veulent plus. C’est bien convenu que quand on relèvera dans quelques jours 89 et les engagés de Feyzin, on m’y enverra à la place.
J’aurais bien voulu te voir avant de partir ainsi que les petits. C’est trop tard, maintenant, je ne sais quand je reviendrai.
J’ai vu passer hier à Lyon un Zeppelin qui est tombé vers Sisteron. C’est un vrai scandale à Lyon contre la défense aérienne qui l’a vu planer demi heure sans donner signe de vie. Hier soir il y a eu une alerte de six heures à neuf heures. Toutes les lumières éteintes et les trams arrêtés. J’ai dû revenir de Perrache (gare) à pied.
Pour la petite, ne la laisse pas retourner à l’école encore. Elle peut apprendre ses leçons à la maison si elle veut. Tu lui aideras un peu pour cela.
J’ai fait un sac d’effets pour emporter demain. J’ai des fromages. Antonia m’en a envoyé 5 en même temps qu’une balle de belles pommes aux cousines.
Voilà je crois, tout ce qu’il y a de nouveau. Je t’écrirai aussitôt arrivé.
Je t’embrasse bien fort en attendant de te revoir ainsi que les enfants et tes chers parents et sœurs.

Ne m’écris plus à 1140
Lucien
Lettre du mardi 23 octobre 1917


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