Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du jeudi 17 octobre 1918
INDEFINI, vendredi 18 octobre 1918
Orléans

Vendredi soir 4h 18 octobre

Bien chère Alice,

J’ai enfin reçu ce matin ta lettre de lundi. Je suis content de voir que tous nos malades vont un peu mieux et ta prochaine lettre me donnera sans doute de meilleures nouvelles.
Ce soir il y a eu changement pour nous. On nous a mis, tous les EOR, instructeurs, dans une école à 3km d’Orléans, à Vieux-Bourg. Ça commencera lundi mais nous y sommes depuis ce soir.
Après avoir « appris » à conduire à Orléans, je vais maintenant apprendre aux autres. Jusqu’à quand ? Je ne sais. C’est paraît-il en attendant que les cours recommencent mais l’adjudant nous a dit que ça pouvait durer un mois et plus, aucune date n’étant encore fixée pour le cours préparatoire des EOR. Nous sommes une douzaine, Bonneton en est, bien entendu. Pour moi, j’attends après la Toussaint. Si je suis nommé j’en sortirai d’office, les sous-officiers n’étant pas instructeurs. Si je ne suis pas nommé je les plaquerai d’une manière ou d’une autre.
Ce matin nous avons appris la prise de Lille et d’Ostende. C’est sans doute pour cela que voyant la paix prochaine, on n’a plus besoin d’élèves-officiers. Nous gardons toujours le titre d’EOR et nous ne sommes instructeurs qu’à titre provisoire mais on dit qu’il n’y a que le provisoire qui dure !
Tu ‘adresseras dorénavant les lettres ainsi : L.S. Brigadier EOR TM 1402 Cantonnement Vieux-Bourg Orléans
Je n’ai pas encore attrapé la grippe. Je ne la prendrai pas, car je crois fort que cette angine que j’ai eu au printemps n’était autre chose que la grippe.
Enfin tant pis, je m’en passerai !
Gros baisers aux enfants. Je t’embrasse bien fort ainsi que tes chers parents et sœurs.

Envoie moi par la poste mes gants d’hiver.
Lucien
Lettre du samedi 19 octobre 1918


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