Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 25 octobre 1918
INDEFINI, samedi 26 octobre 1918
Orléans

samedi soir 4h

26 octobre 1918

Bien chère Alice,
Encore rien reçu de toi aujourd’hui. C’est incroyable et je commence à être inquiet. D’autant plus que les autres, y compris Bonneton, reçoivent bien leurs lettres. Je suis allé au bureau du vaguemestre de Vieux-Bourg, il n’y avait rien pour moi. Pourtant je me dis que si quelqu’un était malade, on me télégraphierait de suite.
Demain j’irai voir à Saint-Jean si mes lettres y sont. En attendant, écris-moi à Saint Jean (26) comme avant. On murmure que nous retournerons bientôt à Saint-Jean. D’ailleurs, il y a un de nos sous-officiers qui va tous les jours chercher nos lettres à Saint Jean.
Les examens du cours des gradés ont eu lieu hier (le cours qui nous suivait). Il n’y a eu personne de reçu. C’est un peu étonnant quand même. Il faut croire qu’on n’a plus besoin de gradés et que la guerre touche à sa fin. Je ne demande pas mieux pour ma part. Rien de nouveau à te raconter. Ce matin j’ai appris la conduite à deux braves garçons. Ensuite il y a eu lavage et entretien des voitures jusqu’à deux heures et revue par le lieutenant. Depuis deux heures nous avons repos jusqu’à lundi matin. Demain dimanche je ferai un petit lavage car je n’ai qu’une chemise de rechange. Ne m’en envoie pas, j’ai peur qu’elles se perdent en route, le service des chemins de fer est trop désorganisé en ce moment.
Je vais toujours bien, la vie au grand air fait descendre la soupe et je trouve l’ordinaire plutôt maigre. Je ne peux rien acheter, il faut des tickets pour le pain. Quand au reste, c’est introuvable. Enfin, on n’endure pas la faim, quand même.
En espérant que je serai plus heureux demain et que j’aurai enfin des lettres, je te quitte en t’embrassant de tout mon cœur ainsi que les enfants et tes chers parents et sœurs.
Lucien
Lettre du lundi 28 octobre 1918


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