Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du samedi 26 octobre 1918
INDEFINI, lundi 28 octobre 1918
Orléans

Lundi midi 28 octobre 1918

Bien chère Alice

Je pense que je recevrai tout à l’heure. Nos sous off nous les apportent à midi ½. Nous retournons à Saint Jean demain matin mardi. Les cours des EOR recommencent. Je me demande ce qui va advenir de moi. Je n’ai pas l’intention de continuer pour être officier. On voit très bien que la guerre touche à sa fin. C’est trop tard maintenant. Ou on va m’obliger à continuer, ou on va me renvoyer à Lyon, ou alors à Versailles. De Versailles, on va soit au front, soit à l’intérieur (Lyon, Paris, Le Havre, etc.)
Bien entendu, je ferai tout mon possible pour retourner à Lyon mais si l’on m’envoie trop loin en France, je demanderai peut-être le front. Si je suis sous off, j’ai un gros intérêt à aller au front. D’abord on est bien mieux payé, on a moins de peine et en vue de l’après-guerre, c’est plus honorable d’avoir été au front qu’à l’intérieur. Et puis c’est plus intéressant pour tout. Habillement, nourriture, service, etc. Bien entendu tout ceci n’est qu’un projet au cas où je ne pourrai pas retourner à Lyon.
Il fait un temps superbe aujourd’hui. Ça fera bien pour l’offensive et pour les semailles aussi. J’espère que nos malades sont mieux. Cette grippe ne peut pas toujours durer. On s’en rappellera de celle-là.
7h du soir
J’ai reçu à une heure ta lettre de samedi midi. Je n’ai pas eu les autres de mercredi à samedi. Tu crois que je suis malade mais pas du tout. Quand je le serai je te le dirai. Je ne suis pas même enrhumé. Demain nous retournerons à Saint Jean. Fini le métier de moniteur ! Et sans regret ! Mes élèves me regrettent, il paraît que j’étais doux avec eux, tu auras peine à le croire, n’est ce pas ! Demain je t’écrirai ce que l’on aura fait de nous.
Je t’embrasse bien ainsi que tous.
Lucien
Lettre du mardi 29 octobre 1918


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