Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 29 octobre 1918
INDEFINI, mercredi 30 octobre 1918
Orléans

Mercredi soir 6h

30 octobre 1918

Bien chère Alice,

Reçu ce matin tes lettres de dimanche et lundi. Je vois que toutes nos malades vont mieux. Ça me fait un grand plaisir, c’est un soulagement pour moi. L’intérieur, surtout la région lyonnaise est plus malsaine que le front, en ce moment. J’ai reçu une longue lettre de Mme Carra. Elle est triste et toute remplie des récits de deuils causés par la grippe.
Enfin, la maison y échappe, tout le reste n’est rien. Je t’enverrai cette lettre demain.
Rien de nouveau ici. Le temps est beau mais froid le matin. Nos cours vont leur train, mais sans conviction de la part des professeurs. Tout le monde sent que c’est la fin.
Il y a dimanche une grande revue pour aider à l’emprunt. Toute la garnison en sera ! Nous autres automobilistes fourniront 600 hommes. Je voudrai bien ne pas en être. La grippe fait moins de mal ici que dans vos régions. Il semble qu’on voit moins de deuil aux portes.
Dans la garnison, c’est en décroissance aussi.
On compte sur une fin rapide de la guerre. L’Autriche en capitulant oblige l’Allemagne à en faire autant. Encore quelques semaines et ça va y être. On a peine à y croire depuis le temps que ça dure ! Revenir civil, quelle horreur !!!
Je vais toujours bien, quoiqu’un peu enrhumé. Mais ce n’est rien. Je suce des Valdas tout le temps. Ce n’est pas moi que la grippe va attraper. J’ai envie d’aller à la messe, à la Toussaint, pour prier et songer à nos morts. Nous avons repos, ça me sera facile.
Au revoir, bien chère Alice, merci de tes lettres qui m’arrivent bien mieux maintenant.
Donne-moi toujours des nouvelles des enfants. Le temps me dure bien d’eux.
Je t’embrasse de tout cœur ainsi que tous à la maison.
Lucien
Lettre du jeudi 31 octobre 1918


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