Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mercredi 6 novembre 1918
INDEFINI, jeudi 7 novembre 1918
Orléans

7 novembre 1918

2 heures du soir

Bien chère Alice,

Rien reçu encore de toi au courrier de ce matin. Ce sera sans doute pour ce soir. Il m’est arrivé un grand malheur. J’ai perdu mes lunettes. J’ai dû les laisser hier au soir au foyer. J’irai voir ce soir si on les a trouvées.
Hier au soir un peu avant la soupe, le bruit a couru que l’armistice était signé avec les boches. Il fallait voir ce tapage au réfectoire. 500 poilus manifestant leur joie en faisant un chahut de tous les diables. Quelques gradés ayant voulu intervenir pour rétablir l’ordre, j’ai cru que tout allait se gâter. Je me demande comment ça va faire à la signature de la paix si on ne démobilise pas suffisamment vite. Aujourd’hui, un EOR qui avait demandé à quitter le cours vient de recevoir l’ordre de rentrer dans sa section à Bordeaux. Ce sera sans doute bientôt mon tour aussi. Je suis persuadé que la fin de la guerre n’est plus qu’une question de jours. Ça marche avec une rapidité vertigineuse.
Je vais très bien pour le moment et si la démobilisation vient vite, je serai en bonne forme pour me remettre au travail. En somme, je me porte mieux à Orléans qu’à Lyon, le climat est meilleur. Mais il est temps que je m’en aille, la cuisine est plutôt maigre !
Pourvu que tout aille bien à la maison, et que je vous revoie bientôt tous en bonne santé. C’est tout ce que je désire.
En attendant je t’embrasse bien fort ainsi que tous à la maison.
Lucien
Lettre du vendredi 8 novembre 1918


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