Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 22 mars 1918
Sertier Lucien
Lyon, mardi 26 mars 1918
Mardi matin 11 h

Bien chère Alice,

Je profite de la visite probable de Pierre pour t’envoyer ces quelques lignes. Je ne te réécrirai pas avant ta venue les lettres mettant trop de temps pour t’arriver. Bien content de ton coup de téléphone d’hier. Je n’ai pu te causer comme j’aurais voulu, le bureau étant plein de monde. Je ne t’entendais pas très bien non plus mais cela vient de notre appareil qui a besoin de réparations.
J’ai vu la mère Gardon ce matin, elle va mieux. 38,5° de fièvre. Sa fiche porte tumeur tuberculeuse, si je m’en souviens bien. Tu peux venir samedi, je t’irai chercher à l’avance à la gare du tram, c’est à dire aux écoles. Mais dans tous les cas, fais comme si je ne devais pas y aller, descend aux écoles. Hier au soir, la cousine m’a fait aller à la retraite pascale à l’église. Pilule amère ! Mme Carra (ne le dis pas) fait un trousseau merveilleux pour la poupée. Qui sera contente ? Mme Carra s’en amuse d’avance. B. Guigue est venu me trouver pour son auto. Je lui ai dit de s’adresser ç un mécanicien.
Si je peux trouver des boutons, je te les enverrai pas Pierre. C’est le temps qui me manque parce qu’à midi tout est fermé de partout. C’est pour ça que les ciseaux sont encore chez Lafay. Il fait une bise glacée, ce matin. Fais-bien attention aux enfants, surtout les pieds, c’est là que l’on pèche généralement.
Le petit Croppi va bien mieux, il sort dehors. La coqueluche est bien en train à Lyon, mais ça ne peut rien faire aux nôtres.
J’aurai ma permission de 7 jours courant avril. Je donnerai un bon coup au jardin et au bois (coupage) pendant ce temps.
J’espère que tout le monde va bien à la maison. Et vos boches ?
En attendant le plaisir de vous tous revoir, j’envoie à tous mes plus sincères affections et je t’embrasse bien fort avec les enfants.
Lucien
Si je ne peux donner mes boutons à Pierre, je les enverrai demain à Faure. N’oublie pas samedi le beurre pour Cassan. Une livre bien arrangée coquettement et deux fromages. Pour les cousines, tu peux mettre quelque chose. Elles ne m’ont rien dit mais c’est Pâques alors tu vois !!
Mille amitiés

Lucien
Note
Date incertaine
Lettre du mercredi 3 avril 1918


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